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Un film d’Arnaud Desplechin (France)

"Jimmy P. psychothérapie d’un indien des plaines" Sortie en salles le 11 septembre 2013

A la fin de la seconde guerre mondiale, Jimmy Picard, un Indien Blackfoot qui a combattu en France, est admis à l’hôpital militaire de Topeka, au Kansas, dans le service des maladies du cerveau.

Il souffre de nombreux troubles : fortes migraines, vertiges, troubles de la vision et diminution d’audition.

Puisque les examens qu’il subit ne décèlent aucun trouble physiologique, le diagnostic final de l’équipe médicale est la schizophrénie.

Cependant, la direction de l’hôpital décide en dernier lieu de prendre l’avis de Georges Devereux, un ethnologue et psychanalyste français, spécialiste des cultures amérindiennes.

Le film d’Arnaud Desplechin est le récit de la rencontre de ces deux hommes qui se situe au-delà d’une psychanalyse et des simples rapports entre médecin et patient.

Les méthodes d’approche de Georges Devereux et la façon avec laquelle Jimmy P distille ses réponses finissent par les amener à une sorte de complicité amicale à laquelle ni l’un ni l’autre ne met aucun frein.

L’exploration des souvenirs et des rêves de Jimmy devient une expérience qu’ils mènent ensemble à la manière d’un couple d’enquêteurs.

Inspiré d’une histoire vraie, Jimmy P. est l’adaptation du livre de Georges Devereux " Psychothérapie d’un indien des plaines" paru aux États-Unis en 1995, ouvrage dans lequel la recherche médicale se situe à la croisée de l’anthropologie et de la psychanalyse, une démarche qui aura ouvert la voie à l’ethnopsychiatrie.

Arnaud Desplechin a réalisé un film au scalpel, d’une précision d’orfèvre, dont l’austérité révèle, au fur et à mesures des séances qui prennent progressivement la forme de "rencontres", l’humanité des personnages.

Georges Devereux y apparaît sous les traits de Mathieu Amalric, comme une espèce de professeur farfelu qui semble laisser libre cours à son intuition mais dont on découvre qu’il trace son sillon avec fermeté et détermination et conduit à son terme l’expérience hors du commun qu’il mène autour de l’énigmatique "cas" Jimmy P.

Le travail qu’entame Georges Devereux ressemble à une enquête policière. L’extrême complexité de la vie du patient paraît dans un premier temps inextricable et c’est la confiance mutuelle des deux hommes, la façon dont le professeur amène Jimmy P. à des révélations qu’il fait autant au psychanalyste qu’à lui-même, qui font que les énigmes se dénouent, que les voiles se lèvent.

Arnaud Desplechin est sans doute un de nos grands réalisateurs de films. Il tisse ses réalisations très diverses (on est loin ici des récits de "Rois et reine" ou d’  "Un conte de Noël") avec une rigueur, un soin de l’image et des décors qui touchent à un esthétisme qui, sous une apparence lisse, garde intact toute la rugosité de propos.

Le choix des comédiens contribue beaucoup à la réussite du film. Le fait de mettre face à face un Mathieu Amalric fragile, un peu souffreteux et un Benicio Del Toro au physique puissant était un pari risqué qui, au final se justifie pleinement, quand survient avec l’amitié qui rapproche les deux hommes, la parenté des personnalités.

Un film superbe à tous points de vue.

Francis Dubois

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