Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Ken Loach (Grande-Bretagne –France)

"Jimmy’s hall" Sortie en salles le 2 juillet 2014.

Après dix années d’exil aux États-Unis où il a vécu de multiples petits boulots, Jimmy Gralton revient en Irlande pour aider sa mère à s’occuper de la petite ferme familiale dont elle a dû assumer seule l’exploitation, à la mort de son autre fils.

Dix ans après la guerre civile, l’Irlande s’est dotée d’un nouveau gouvernement qui devrait faire renaître tous les espoirs.

Dès son retour, Jimmy est sollicité par les jeunes du Comté de Leitrim pour rouvrir le "hall" laissé longtemps à l’abandon, un endroit où l’on peut se retrouver pour danser, étudier, discuter, apprendre la musique, le dessin.

Jimmy se laisse convaincre, sachant bien que la réouverture du lieu va ouvrir les hostilités avec l’église et les propriétaires terriens.

Dès son inauguration le "hall" connaît un véritable succès mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes vont provoquer une levée de boucliers de la part de la population "bien-pensante" du Comté.

Après "Le vent se lève", "Jimmy’s hall" est le deuxième volet d’un diptyque que Ken Loach a consacré à l’Irlande.

L’histoire de "Jimmy’s hall" se déroule dix ans après celle du "Vent se lève" , à une époque où le pouvoir de l’Église et des prêtres était incontestable et déterminait qui, au sein de la communauté, réussirait sa vie ou se verrait barrer la route.

Bien qu’on ne sache pas grand-chose sur la vie et la personnalité de Jimmy Gralton, on peut deviner à travers son parcours qu’il s’agissait d’un être brillant et charismatique et surtout pas d’un militant caricatural.

Si Ken Loach s’applique à donner un équilibre au personnage de Jimmy, il prend soin de ne caricaturer ni les prêtres ni les habitants du Comté hostiles à l’existence du "hall".

S’il présente l’homme d’église comme un être d’une agressivité féroce, il en respecte l’intégrité en lui faisant reconnaître les vraies qualités de Jimmy et en laissant poindre à son égard une sorte d’admiration de la part de ses adversaires.

Chaque personnage est peaufiné pour demeurer le plus fidèle possible à cette page d’histoire de l’Irlande et la moindre silhouette prend, dans le récit, un vrai contour.

De plus, dans un souci d’authenticité, Ken Loach a tenu à filmer en décors naturels le "hall" et son environnement.

Le paysage autour du lieu prend de cette façon beaucoup d’importance et rejaillit sur la crédibilité des situations.

De même, le réalisateur a tenu à tourner sur les lieux mêmes, dans le Comté de Leitrim, une région assez déserte où on ne trouve pas beaucoup de traces de la modernité, cela afin de rester le plus fidèle possible à la réalité historique.

Pour interpréter Jimmy, personnage très engagé politiquement, homme convivial, de conviction, chaleureux, ayant de l’empathie pour les autres, le réalisateur a porté son choix sur Barry Ward.

Le comédien fait merveille.

Pour interpréter des personnages secondaires et recruter les figurants, il a essayé de rester dans la région du Comté.

Comme toujours dans ses films, Ken Loach s’applique à mettre en valeur le parcours de gens qui sont à la fois ordinaires et d’exception.

C’est à travers le drame du quotidien, ses conflits, ses combats et ses bonheurs que Ken Loach laisse entrapercevoir le champ des possibles qu’offre l’avenir.

Un superbe film de plus à l’actif du célèbre réalisateur britannique.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Zibilla ou la vie zébrée »
    Zibilla est une jeune zèbre qui a été adoptée par des parents chevaux. Dans l’école où elle va et où tous les élèves sont des enfants chevaux, ses rayures sont sujet à de constantes moqueries. Si bien... Lire la suite (12 novembre)
  • « J’aimerais qu’il reste quelque chose »
    « J’aimerais qu’il reste quelque chose », c’est la phrase que prononce une donatrice sans descendant qui vient déposer des documents personnels relatifs à la Shoah dont elle est en possession et qui n’a... Lire la suite (12 novembre)
  • « Le bel été »
    Amed, Mohamed et Wally, réfugiés de Guinée et du Mali ont été recueillis par Robert, Simon et Sophie dans leur maison du bord de la Manche, siège de l’association « des lits solidaires » Ils vont... Lire la suite (11 novembre)
  • « Rendre la justice »
    En France, l’appareil juridique apparaît le plus souvent comme une machine infernale, opaque, mystérieuse, impersonnelle à laquelle il vaut mieux ne pas avoir à faire, qu’il vaut mieux ne pas... Lire la suite (9 novembre)
  • « Noura rêve »
    Jamel a été condamné à une peine de prison ferme pour différents vols, escroqueries et récidives et Noura a demandé le divorce d’autant plus déterminée à retrouver sa liberté qu’entre temps elle a... Lire la suite (9 novembre)