Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Félicité moderne…

"Joseph" de Marie-Hélène LAFON

culture - littérature Depuis le Renaudot des lycéens 2001, Marie-Hélène LAFON trace son sillon singulier avec une ténacité toute auvergnate : rectitude, profondeur et unité de travail. Aucune séduction là-dedans. Avec son style impeccable, dans un discours âpre et une chronologie ondoyante elle dresse le portrait de Joseph avec la précision chirurgicale qui lui vaut le surnom de « scalpel ». Joseph parmi les bêtes est un des derniers indiens : un ouvrier agricole lent, doux, taiseux et observateur, un travailleur obstiné et sensible qui poursuit une carrière de place en place sur les hauts plateaux du Nord-Cantal. Quelques lueurs et une gémellité déséquilibrée, deux ou trois zébrures ; l’alcool, l’abandon et la mort qui rôdent, c’est une existence humble et faite de petits riens dans un monde en pleine mutation. Flaubert et son Cœur simple sont en filigrane, toujours. Le détail infime, le mot juste et réhabilité, la phrase changeante, ample souvent, à dire et à entendre font de JOSEPH un récit édifiant, un peu crépusculaire où l’instruction, la primaire –car MHL est une collègue très engagée dans cette émancipation- sont évoquées comme un pendant à son précédent roman « Les pays ». Ici c’est le pays, fermé comme un terrier, qui étouffe bruits et gens, où Joseph « se finit » au comptoir des jours, aspirant au reposoir…

Un roman important de la rentrée littéraire même s’il n’a pas été primé après avoir été retenu parmi les possibles.
Alain Montchauzou

> "JOSEPH", Marie-Hélène LAFON, éd. Buchet-Chastel 2014

Autres articles de la rubrique Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

  • « La dissonante »
    Tristan, chef d’orchestre d’une petite ville, est en quête de l’interprétation parfaite, celle qu’il entend dans sa tête. Il n’arrive pas à tirer de l’orchestre ni des incarnations de Tristan et Isolde –... Lire la suite (5 décembre)
  • « Twitter et les gaz lacrymogènes », Zeynep Tufekci
    Le monde, depuis les printemps arabes, connaît des secousses systémiques, de démolition de ce monde inégalitaire et corrompu. Partout les populations se sont mises en mouvement pour plus de justice... Lire la suite (1er décembre)
  • « La température de l’eau », George Axelrod
    George Axelrod (1922-2003), scénariste connu – notamment de « 7 ans de réflexion » avec Marilyn Monroe – s’était lancé, en 1971 avec « La température de l’eau » dans la satire de Hollywood, de ses acteurs... Lire la suite (30 novembre)
  • « Le jardin », Hye-Young Pyun
    Un accident de voiture. Qui est responsable ? Le conducteur ? Sa passagère, en même temps que son épouse ? Le hasard d’une route mouillée par la pluie ? La voiture dévale le bas côté et finit dans le... Lire la suite (30 novembre)
  • « Allez tous vous faire foutre », Aidan Truhen
    Un titre pareil devrait faire vendre : « Allez tous vous faire foutre », un impératif qu’il faut prendre, si l’on en croit le contenu, au propre et au figuré. Le narrateur est un dealer de coke à la... Lire la suite (29 novembre)