Actualité théâtrale

au Théâtre de poche Montparnasse

« Journal à quatre mains » de Benoîte et Flora Groult

Benoîte et Flora Groult ont grandi dans une famille bourgeoise d’intellectuels dans les années 30. Leur parents fréquentent les écrivains et peintres les plus connus, Picasso, Paul Morand, Jouhandeau ou Marie Laurencin, mais aussi le milieu de la mode, leur oncle est le couturier Paul Poiret. Elles ont publié ce « journal à quatre mains » à la fin des années cinquante. Toutes deux journalistes (Benoîte a crée avec Claude Servan-Schreiber le mensuel féministe F Magazine, Flora a écrit pour Elle, Connaissance des Arts et Les lettres françaises), elles publieront séparément plusieurs romans et essais, s’intéressant plus particulièrement à la condition féminine et au féminisme. Les extraits de leur journal présenté ici, se situent de la guerre à la Libération. Benoîte a 19 ans quand la guerre éclate et Flora 14, la seconde est considérée comme une artiste par la famille, elle est charmante, un peu insouciante, l’aînée est vue, par sa mère surtout, comme une intellectuelle « vouée à la réussite universitaire ». Pour les deux la guerre sonne la fin de l’insouciance, même si elles sont ultra protégées par leur milieu. Benoîte plus âgée et plus mûre est plus sensible à la situation, Flora en bonne adolescente s’interroge sur ses amours. Pourtant c’est Benoîte qui tombe vraiment amoureuse et se marie, mais se retrouve vite veuve de son époux résistant. Les deux sœurs, d’un caractère fort différent, ont une énorme complicité et partagent une vision pleine d’humour mais aussi très morale sur elles-mêmes, leur famille et leur environnement. Le texte est brillant, on est séduit par tant d’intelligence et l’on s’amuse.
Panchika Velez a finement mis en scène ce journal. Dans le décor unique d’une chambre, meublée de deux divans, les deux actrices circulent comme entre deux chambres. Elles disent leurs sentiments, leurs exaspérations face à l’occupant allemand, leur refus des discours dominants, leurs interrogations sur l’amour ou sur le lien familial. Lisa Schuster offre à Flora sa blondeur et sa fraîcheur. Elle est parfaite pour incarner cette jeune fille qui séduit beaucoup mais qui est indécise parce qu’elle s’interroge avec exigence sur l’amour. Aude Briant incarne le sérieux et l’engagement de Benoîte, capable de décisions rapides, parfois inattendues mais toujours pensées. Les deux artistes rendent à merveille les différences de personnalité entre les deux sœurs, mais aussi leur profonde complicité avec en fil directeur l’acuité de leurs jugements et leur humour ravageur.
Micheline Rousselet

Théâtre de poche
75 bld du Montparnasse - 75014 Paris
Réservations (en se recommandant du Snes mais lieu non encore partenaire Réduc’snes) : 01 45 48 92 97

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