Actualité théâtrale

Au Théâtre de la Tempête, jusqu’au 21 février

"Journée de noces chez les Cromagnons" de Wajdi Mouawad, mise en scène Mylène Bonnet

En pleine guerre de Liban, une famille invente une noce dont les préparatifs vont, le temps de quelques heures, les distraire de l’horreur des bombes. Les parents sont un vieux couple moitié amoureux, moitié ennemis. Le fils aîné est devenu un combattant aveuglé de haine. Le benjamin vit dans l’idéalisation de ce grand frère imprévisible et Nelly, la fille, la future mariée, est peut-être folle mais sans doute aussi la seule de la maison qui soit parvenue à vivre à l’écart de la violence et de l’horreur.
Les spectacles les plus convaincants montés à partir des textes de Wajdi Mouawad sont ceux qu’il a lui-même mis en scène. Il est sans doute très difficile pour quelqu’un d’extérieur, d’entrer dans la complexité de son écriture mais plus encore dans son univers en équilibre constant entre le réalisme et un lyrisme oriental.
La preuve en est ici, avec le travail de Mylène Bonnet et de son équipe de comédiens. Il est fort possible qu’on ait fait fausse route dès le départ en optant pour un décor naturaliste qui n’a retenu de la pièce que ce qu’elle puise dans le quotidien ordinaire mais qui, très vite se heurte aux discours lyriques et fleuris qui ponctuent cette écriture singulière. Exit la charge allégorique du texte…
Devant le mur de la cour à moitié arraché par les bombardements s’agitent les personnages, et derrière les draps tendus sur la corde à sécher qui figurent les murs de sa chambre, évolue pendant sa toilette nuptiale, Nelly la fausse future épousée, dont on aperçoit, par transparence les formes de son corps nu…
Les deux univers ont, dans la mise en scène de Mylène Bonnet, beaucoup de mal à cohabiter. Du coup, face à ce traitement réaliste, la personnalité contrastée de la mère devient incompréhensible comme celle ambiguë du second fils tour à tour simplet, perspicace et drôle, ou celle de la voisine bonasse qui méritait un tout autre traitement, ou encore celle du père qui se voit réduit à une sorte de pantin sans consistance.
Une question peut se poser : et si, la difficulté qu’ont certains metteurs en scène même aguerris à traiter l’univers de Wajdi Mouawad étaient la preuve que ses textes atteignent très vite leur limites et leur potentiel de création ?
Francis Dubois

Théâtre de la Tempête
Cartoucherie. Route du champ de manœuvre 75 012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36 – www.latempête.fr

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