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Un film de Pierre Godeau (France)

"Juliette" Sortie en salles le 17 juillet 2013

Juliette a vingt-cinq ans. Elle a terminé ses études il y a un an, mais depuis, n’a rien fait d’autre que de vivre, dans une apparente insouciance, le moment présent. Son souci est-il de rompre définitivement avec son enfance et de passer le pas ou au contraire de prolonger cette période intermédiaire plus douce qu’inconfortable ?

Mais les exigences de la vie la rattrapent. Son père, un être délibérément optimiste, finit sa vie sur un lit d’hôpital. Elle lui a fait part de son projet d’écrire un livre à partir de notes et de dessins qu’elle avait réunis dans un cahier quand elle était gamine. Sa sœur aînée, bien installée dans l’existence, souhaiterait la voir se stabiliser et les deux garçons entre lesquels elle hésite voudraient chacun avoir sa préférence.

"Juliette" est le portrait au scalpel d’une jeune fille d’aujourd’hui. Elle appartient à cette génération de jeunes gens qui profitent du moment présent parce que la société leur vend le modèle d’un bonheur immédiat. Qui reculent le moment de s’engager, trouvent leur compte dans cette parenthèse prolongeable, non sans ressentir un fond de culpabilité.

Pierre Godeau dresse un portrait de jeune fille volontaire, au caractère bien trempé, en privilégiant les moments " en creux" de sa vie, émaillant son errance de touches impressionnistes : souvenirs furtifs, retours à l’enfance, Une suite de moments à peine perçus, comme s’ils étaient peints à l’aquarelle, dilués avant même d’avoir laissé leur impact.

"Juliette" fonctionne sur une construction totalement maîtrisée, sur une mise en scène fluide dont la légèreté n’ôte rien à la gravité de fond et de la présence d’une comédienne qu’un jeu sensible d’une confondante et constante justesse, place au premier rang dans la hiérarchie des révélations.

On pourrait dire d’Astrid Borges-Frisbey déjà remarquée dans "Un barrage contre le Pacifique" de Rithy Panh et "La fille du puisatier" de Daniel Auteuil, qu’elle se situe (et ce n’est pas un mince compliment) à hauteur d’’une Léa Seydoux.

Mais "Juliette" sort mi-juillet et il est à craindre qu’un film fragile et délicat comme celui-là soit la victime toute désignée pour passer à la trappe, sans que le public n’ait eu le temps de saisir au vol ce joyau lumineux.

Francis Dubois

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