Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Ole Bornedal (Danemark)

"Just another love story" Sortie en salles le 6 janvier 2010

En panne le long d’une route, la voiture de Jonas provoque un accident au cours duquel une jeune femme, Julia, est très gravement blessée. Alors qu’il se rend à son chevet, et qu’elle est dans un coma profond, Jonas est pris pour Sébastian, son compagnon que personne ne connaissait encore. Il ne dément pas et c’est pour lui, homme marié, père de famille, le début d’une histoire qui le séduit d’abord mais qu’il ne parviendra bientôt plus à maîtriser.
Très vite, son aventure ne se limite plus à jouer auprès de Julia, amnésique depuis l’accident, le personnage de l’amoureux attentionné mais à endosser l’identité d’un autre dont il découvre petit à petit la personnalité ambiguë et peut-être redoutable.
Ole Bornedal a réalisé avec "Just another love story" un film qui se situe à deux niveaux. Deux récits distincts et contrastés cohabitent qui, en se télescopant, provoquent le basculement progressif d’un quotidien familial vers l’horreur, la machination et le cauchemar sanglant. Mais sans jamais avoir recours au moindre effet.
Le changement d’identité n’était sans doute au départ pour Jonas que l’occasion de s’éloigner du sillon tout tracé de sa vie terne d’époux et de père ordinaires. Tout ce que la situation d’usurpation d’identité lui apportait était exaltant, rafraîchissant par sa nouveauté et par la part de risque dont il était conscient. Le fonctionnement clanique et chaleureux de la famille de Julia favorisait son intégration, et le plaisir qui découlait de ce tourbillon d’attentions et d’affection permettait de reléguer au second plan les conséquences d’une situation qui s’était imposée à lui plutôt qu’il ne l’avait réellement choisie.
Mais, à mesure que l’étau se resserre et que s’enclenche ce qui était pourtant prévisible, tout ce qui avait séduit Jonas dans l’aventure et principalement, la présence amicale de la famille de Julia, prend une tournure inquiétante et oppressante.
Ole Bornedal démonte le mécanisme d’une auto-machination et nous fait franchir avec Jonas les étapes du processus engagé, la progression d’une dérive consciente qu’il serait possible d’interrompre, à tout moment, dès lors que le danger est apparu, mais dont le déroulement produit un effet hypnotique qui l’interdit. Le moment limite pour casser le jeu est-il indécelable et la situation extrême, lorsqu’elle submerge, adopte-t-elle déjà le contour de la fatalité et de l’irrémédiable.
"Just another love story" reste dans le domaine du quotidien et le récit s’en tient, dans sa progression, à la pente naturelle des évènements. Le mensonge, l’usurpation d’identité se fondent dans le choix d’une existence parallèle mais crédible. Sorte de thriller intime, il insuffle de façon insidieuse et souterraine tous les éléments du suspense sans jamais forcer le trait. Efficace.
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « La bonne réputation »
    Sofia appartient à la haute bourgeoisie locale. En ce début des années 80, elle mène une vie de luxe et d’oisiveté et ne se préoccupe que de futilités. Les échanges superficiels avec ses amies tout aussi... Lire la suite (15 octobre)
  • « L’angle mort »
    Bébé déjà, Dominick disparaissait mystérieusement de la vue de ses proches. Adulte, le pouvoir de se rendre invisible existe toujours mais il ne s’en sert pas beaucoup. Pire, il a fait de son pouvoir... Lire la suite (14 octobre)
  • « Warrior women »
    « Warrior women » dresse le portrait d’une grande dame des luttes indiennes-américaines, Madonna Thunder Hawk. Le film retrace sa vie de militante, de son éveil politique à la fin des années soixante... Lire la suite (13 octobre)
  • « Martin Eden »
    Martin Eden, un jeune marin voué à ne jamais quitter le milieu prolétaire qui est le sien va, grâce à sa nature curieuse et ambitieuse et au bénéfice de rencontres favorables, voir se dessiner une... Lire la suite (13 octobre)
  • « Mathias et Maxime »
    Mathias et Maxime sont deux amis d’enfance. Leurs rapports amicaux et limpides ne sont menacés d’aucun changement jusqu’au jour où, pour les besoin d’un court métrage amateur, on leur demande de jouer... Lire la suite (12 octobre)