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Un film de William Friedkin (Etats-Unis)

"Killer Joe" Sortie en salles le 5 septembre 2012

Chris, un jeune dealer, se trouve en difficulté. Il doit 6000 dollars à ses fournisseurs qui ne sont pas des tendres et restent fermes sur les délais.

La seule idée qui lui vienne en tête pour se sortir de ce mauvais pas est de faire jouer l’assurance-vie de sa crapule de mère.

Il s’agit dès-lors de trouver la personne qui voudra se charger de la trucider.

Killer Joe qui est flic le jour et tueur à gages la nuit, pourrait bien être l’homme de la situation mais c’est quelqu’un de gourmand et très à cheval sur les principes.

Chris tente de le convaincre d’accepter que la somme qui doit lui revenir ne lui soit versée qu’après le paiement de l’assurance-vie.

Killer Joe refuse jusqu’au moment où il croise Dottie, la sœur de Chris, une adolescente jolie à croquer et vierge.

Dès l’instant où il a vu Dottie, le flic ripoux accepte de faire le boulot mais à la condition de prendre une option sur le jeune fille qui devient alors, la caution de l’affaire.

Sur cette trame sans doute pas très neuve, William Friedkin tisse un film noir avec un tel mélange de distanciation et de réalisme, un tel travail sur la direction d’acteurs, sur la construction du récit, que le sujet en devient méconnaissable.

Les clichés du genre, s’ils sont traités en tant que tels, se retrouvent tout à coup dénaturés et les scènes de cruauté ou de violence ne sont pas loin de se prêter au rire tant l’interprétation nuance autant qu’elle les schématise, les personnages archétypiques.

Au départ, "Killer Joe" est une pièce de théâtre qui fut créée en 1993 à Chicago, récompensée à maintes reprises et qui fut jouée en douze langues, dans quinze pays différents.

Friedkin qui a beaucoup d’admiration pour son auteur, le dramaturge Tracy Letts, considère le récit comme une histoire d’amour, celle un peu tordue d’une cendrillon qui pour se libérer du joug d’une famille rongée par tous les vices, tombe amoureuse de son prince charmant, fut-il flic et tueur à gages chargé d’assassiner sa propre mère.

Et si les personnages sont tous pervertis, s’ils ont totalement perdu la notion du bien et du mal, ils conservent malgré leur moralité douteuse, une part d’intégrité dans un recoin de leur âme.

Killer Joe est un assassin froid et méthodique, un être solitaire sans doute à la recherche d’un point d’ancrage, peut-être d’une famille. L’attirance qu’il ressent pour Dottie se transforme très vite en un vrai sentiment et les projets qu’il fait avec elle sont réels et sincères.

Chris ne rechigne pas à "vendre" sa sœur pour parvenir à décrocher sa part des 50 000 dollars de l’assurance-vie de sa mère. Cependant son attachement à sa sœur est lui aussi sincère et lorsqu’il est sur le point de la perdre, il est prêt à tous les renoncements pour la garder à lui et la conserver pure.

Quant à Dottie, femme-enfant qui ressemble à une poupée de porcelaine prise dans une tourmente de violence et de folie, elle n’est pas à l’abri de basculer dans l’irréparable.

William Friedkin aborde les forces destructrices de ses personnages avec un réel engagement en nous offrant à voir, une peinture sociale tragique et des vérités immuables, même si elles sont gênantes à considérer.

Ce réalisateur à qui l’on doit des films comme " "French Connection" en 1971 "The Exorcist" en 1973, réalise ici une œuvre parfaitement maîtrisée dans la tonalité d’un récit qui, en dépit de toute sa cruauté, reste dans un cadre presqu’intimiste.

Rien n’est plus savoureux que les excès, les dérives de violence quand ils sont maîtrisés et quand les personnages, au pire de leur cruauté, révèlent leurs fêlures.

Francis Dubois .

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