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Un film de Brillante Mendoza (France Philippines)

"Kinatay" Sortie en salles le 18 novembre

Peping est un jeune étudiant en criminologie. Il a besoin de faire vivre sa compagne et l’enfant qu’ils ont eu ensemble. Pour cela, il a accepté d’entrer au service d’un gang local de Manille, en tant qu’homme à tout faire Son ami d’enfance Abyong qui l’a introduit auprès du groupe d’escrocs qui règne sur les trottoirs de la ville, lui propose de participer pour eux à une mission spéciale mais bien rémunérée. Peping accepte.
Le début du film se situe dans le quotidien d’une ville bariolée et grouillante. Peping est un étudiant convenable qui, avec sa compagne Cecille, prépare leur prochain mariage. Le récit est parti pour une étude sociale, pour décrire la vie difficile mais quelque part insouciante de personnages modestes, à la recherche d’un avenir meilleur.
L’apparition de Madonna, un personnage vénéneux de prostituée qui travaille sous la domination du gang, fait basculer le film dans un autre univers. On passe du jour, sa grande lumière, le chatoiement des couleurs, à la nuit, à la noirceur, à l’imprécision des contours et des visages.
A l’intérieur du van, les hommes restent indifférents à la détresse de Madonna qui pressent l’issue de ce voyage nocturne. Pour Peping et pour le spectateur ce sont les premiers éléments palpables de l’horreur qui les attend et l’éclairage volontairement insuffisant, où on ne décèle parfois que les mouvements des déplacements, ajoute au malaise grandissant. C’est comme un danger tapi dans l’obscurité qui pourrait surgir à tout instant, comme une menace inéluctable.
L’utilisation du temps réel pour certains moments dans le van et plus tard dans la maison isolée renforce, avec la lenteur des mouvements, la confusion des visages, l’impression que la mort est déjà entrée dans sa phase préparatoire. L’obscurité est oppressante et c’est souvent à partir des signes exprimés par le visage de Peping que grandit l’inquiétude.
La mort qui rôdait surgit. Elle était inévitable et malgré l’horreur du massacre elle est une sorte de délivrance pour le spectateur mais également pour Peping parce que elle met fin à sa crise de conscience et à ses hésitations à intervenir. L’empaquetage des morceaux du cadavre, les manipulations sanguinolentes, le nettoyage des lieux sont les dernières épreuves avant la délivrance.
Lorsqu’ils ont atteint la ville, Peping demande comme le bon garçon qu’il est, l’autorisation de se retirer. Il empoche la mince liasse de billets qui va permettre d’acheter du lait pour le bébé. C’est le petit matin et déjà les journaux mentionnent la découverte d’une femme coupée en morceaux…
Brillante Mendoza a réalisé sept longs métrages en cinq ans et malgré cette hâte à produire, il arrive à chaque fois à surprendre. Ici, avec le personnage de Peping -Peeping Tom signifie voyeur-, il renvoie le spectateur à sa position de témoin impuissant ou veule, face aux horreurs qui se produisent partout dans le monde, à sa bonne conscience retrouvée à bon compte, à sa faculté à faire abstraction du pire.
Le film a obtenu le prix de la mise en scène à Cannes cette année.
Francis Dubois

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