Actualité théâtrale

À partir du 25 mai au théâtre de l’Atelier

« King Kong Théorie »

Paru en 2006, l’essai de Virginie Despentes a été présenté comme « un manifeste pour un nouveau féminisme ». Les controverses se déchaînèrent autour du livre où l’auteur parlait du viol qu’elle avait subi mais refusait de s’enfermer dans un statut de victime, défendait la liberté sexuelle tout comme la pornographie et la prostitution et surtout dénonçait les idées reçues sur la place assignée aux femmes comme aux hommes dans la société. Vanessa Larré et Valérie de Dietrich se sont lancées dans l’adaptation du livre. Le résultat, plein d’humour et d’inventivité, respecte la crudité de la langue de Virginie Despentes sans jamais tomber dans la vulgarité. Trois grands thèmes dominent, le viol d’abord, dont certains hommes tendent à rendre les femmes coresponsables par leur tenue provocante et en donnant comme preuve qu’elles sont encore en vie, en oubliant la peur de la mort qui les a tétanisées. Virginie Despentes s’attaque ensuite aux idées reçues sur la prostitution, « un job bien payé pour une fille sans qualification ! » et sur la pornographie.

Théâtre : King Kong Théorie

De cet essai à la première personne Vanessa Larré et Valérie de Dietrich ont fait un spectacle pour trois comédiennes qui ont travaillé le texte en y incluant des éléments vécus tout en respectant le livre. Anne Azoulay, Marie Denarnaud et Valérie de Dietrich se déplacent très librement sur le plateau, font tourner la parole, dialoguent entre elles ou s’adressent au public, voire l’interpellent. Du viol, acte fondateur de la réflexion, elles gardent une trace de sang sur le visage et sa violence est évoquée par les cheveux que l’une tire projetant le visage de l’autre en arrière. Les changements de vêtements sont révélateurs : mini-jupe en coton ou en vinyle noir brillant, jean et veste neutres ou leggings rouge sombre. Vanessa Larré, qui signe la mise en scène, a cherché comment donner forme à la pornographie. Comme il ne pouvait être question de montrer, elle a utilisé la bande son d’un film porno très années 70, où le monologue de l’acteur conduit au rire, tant les images qu’il évoque sont vulgaires. À d’autres moments les actrices se filment, jouant avec leur image. Enfin elles n’hésitent pas à demander la lumière dans la salle pour interroger le public et le climat qu’elles ont réussi à créer fait sortir une parole intime, courageuse et forte.

Elles mettent leur humour et leur talent au service de ce texte qui est un manifeste en faveur de la liberté des femmes, qui ne doivent plus accepter de se comporter en inférieures et d’être formatées pour passer sous silence leurs désirs, mais des hommes aussi car, comme celle des femmes, leur sexualité est asservie et normée. Un texte fort pour sortir des idées reçues, mis en scène et joué de façon percutante et convaincante.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre de l’Atelier

1 Place Charles Dullin, 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 49 24

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Voir aussi notre présentation de ce texte et de sa mise en scène théâtrale le 16/11/2014 au Théâtre de la Pépinière : www.snes.edu/King-Kong-Theorie-et-Chambre-froide.html
Philippe Laville

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Comparution immédiate II : une loterie nationale ? »
    Plusieurs pièces se sont attachées ces derniers mois au spectacle des prétoires. Ce qui s’y passe ressemble souvent à du théâtre, les prévenus comme les avocats, le procureur et les juges se mettant en... Lire la suite (21 janvier)
  • « Le reste vous le connaissez par le cinéma »
    Présentée en juillet dernier au festival d’Avignon, cette version contemporaine des Phéniciennes d’Euripide, écrite par l’auteur britannique Martin Crimp et mise en scène par Daniel Jeanneteau, est... Lire la suite (20 janvier)
  • « Une histoire d’amour »
    Justine sort d’une histoire d’amour avec un garçon et tombe amoureuse de Katia, un amour brûlant. Justine veut un enfant, Katia trop blessée par la vie est très réticente. L’enthousiasme de Justine... Lire la suite (19 janvier)
  • « Dépendances »
    Deux frères, Henri et Tobias se retrouvent dans un appartement vide et un peu délabré qui fut celui de leur famille. Ils attendent leur frère Carl, qui comme d’habitude est en retard, pour décider de... Lire la suite (18 janvier)
  • « Un conte de Noël »
    La metteuse en scène Julie Deliquet a fait des études de cinéma et s’est toujours intéressée au rapport entre théâtre et cinéma, comme elle l’avait si bien montré avec Fanny et Alexandre créé l’an passé... Lire la suite (17 janvier)