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Un film de Marc-Henri Wajnberg (Belgique-France)

"Kinshasa kids" Sortie en salles le 3 avril 2013

A Kinshasa, au Congo, huit enfants rejetés par leurs familles pour être considérés comme des sorciers, décident de créer un groupe de musique pour déjouer le sort (leur groupe s’appellera " Le démon n’existe pas ") et donner un sens à leurs vies.

Mais comment, avec le mélange de ruse et de candeur qui les caractérise, s’imposer et sortir du lot ?

Aidés par Bebson, un musicien allumé qui s’improvise leur manager, parviendront-il comme ils en ont le projet, à faire vibrer la ville ?

Le film de Marc-Henri Wajnberg est à la fois un documentaire sur cette capitale mouvante et insaisissable, une fiction avec les personnages que le récit privilégie entre des milliers d’autres offerts aux mêmes conditions de vie sordides mais aussi, une sorte de conte qui tourne à leur avantage l’histoire de ces huit enfants.

L’action du film est calquée sur la configuration de Kinshasa, ville grouillante, ville de rires, de musique mais aussi de profonde misère, d’une indescriptible saleté. C’est la ville aux rues défoncées où roulent des voitures déglinguées, des taxis surpeuplés le long de bidonvilles où se côtoient des cahutes en bois ou en tôle près desquelles s’élèvent des montagnes d’immondices.

Dans ce décor où pullulent les petits commerces qui vendent de tout, qui coiffent, qui servent à boire, qui rechargent les téléphones portables, proposent de la literie, de la nourriture, de la ferraille, les rues grouillent d’enfants abandonnés ou livrés à eux-mêmes et de musiciens.

De l’autre côté du fleuve, c’est Brazzaville, capitale du Congo et les incessants allers et retours des bateaux qui transportent les marchandises.

Ils sont entre 20 000 et 30 000 enfants de tous âges à vivre dans les rues de Kinshasa, abandonnés de tous après avoir été rejetés par leurs familles qui les accusent, en étant habités du démon, d’être à l’origine de la misère dans laquelle ils se débattent.

Tout prétexte est bon pour diaboliser les enfants et les rejeter : un ustensile qui se casse, un parent qui tombe malade, une érosion du sol.

Certains d’entre eux sont envoyés dans une église du réveil où des pasteurs évangélistes dont c’est souvent la seule fonction sont chargés, contre monnaie sonnante, de l’exorcisme de ces enfants.

Les tortures qu’ils subissent au nom d’une hypothétique "délivrance" du mal (piments dans les yeux, brûlures, extraction de viscères coupables) les poussent à fuir et à rejoindre les milliers d’autres "Shégués". Certains trouvent un petit travail mais la plupart vivent de trafics, de ventes illicites, de mendicité ou de vols. Ils n’ont qu’un espoir, c’est de survivre au jour de jour.

A Kinshasa, la musique est dotée d’un pouvoir libérateur et quand les Shégués qu’on interroge sur leur idéal d’avenir ne répondent pas : " policier ou homme politique pour pouvoir trafiquer en toute impunité", ils citent la musique dont la plupart ont un sens instinctif. Bebson de la rue qui apparaît dans le film, sorte de Frigoli excentrique, est sans doute un rappeur de talent. La musique est sa raison d’être et il répète sans cesse avec ses musiciens ou avec des Shégués dans les endroits les plus improbables.

Son objectif, réhabiliter le Nbombolo, avatar du Soukouss et issu de la rumba qu’on ne cesse d’affadir au goût des oreilles occidentales. D’autres sons surgissent comme le Raggamuffin à la sauce congolaise.

"Kinshasa kids" fait la lumière sur une réalité beaucoup trop éloignée de notre vie d’occidental pour qu’on y croie. La démarche cinématographique de Marc-Henri Wajnberg rend compte sans effets ni misérabilisme, mais sans rien masquer non plus, d’un terrible état des lieux. Il inclut simplement à son récit d’observation, de courts épisodes d’optimisme et un bref détour par "une façon" de conte de fée.

Francis Dubois

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