Actualité théâtrale

au Théâtre 14

"Klaxons, trompettes…et pétarades" Jusqu’au 27 avril

Á la suite d’un accident, le patron de Fiat, Agnelli, est défiguré. Il est sauvé par un de ses ouvriers qui, sans le reconnaître, le recouvre de sa veste et l’emmène à l’hôpital. L’Administration de l’hôpital, trouvant dans la poche de la veste des papiers d’identité, donne à Agnelli le visage et l’identité de l’ouvrier. S’ensuit une série de quiproquos divers et variés qui permettent à Dario Fo de se lancer dans une de ces farces subversives dont il a le secret. Écrite dans le contexte de l’Italie des années 1970-80, avec son lot de mouvements sociaux, de luttes ouvrières et de séquestrations, culminant avec l’assassinat d’Aldo Moro, la pièce n’a rien perdu de son actualité. Á la place d’Agnelli, on peut mettre Berlusconi et les luttes de la Fiat ont leur écho chez nous avec les combats des ouvriers de Continental, Goodyear ou Molex. Si dans la pièce, Dario Fo fait dire à Agnelli : « Vous n’avez jamais lu Karl Marx alors ? Eh oui, je sais…nous sommes les seuls à présent, nous les grands industriels, à lire le Capital… en particulier le passage où il est dit que le seul véritable pouvoir est le pouvoir économico-financier, les holdings, les banques, les marchés…en un mot le Capital », c’est aujourd’hui le milliardaire américain, Warren Buffet qui déclare : « la lutte des classes existe bien sûr et c’est nous qui sommes en train de la gagner ! ». Cette époque bouffonne et sans scrupule où triomphe l’argent et l’injustice, qui fait l’apothéose du corps remodelé et où la télévision est devenue un instrument d’abrutissement des masses, est aussi la nôtre.

La mise en scène de Marc Prin se met au service de cette comédie grotesque, rageuse et vengeresse, qui met à mal la figure du patron, mais aussi celle de l’ouvrier machiste. Le rythme est effréné, quatre fausses portes permettent à Gilles Ostrowsky d’être tantôt le patron, tantôt l’ouvrier, les visages disparaissent parfois sous des masques, ce qui favorise tous les quiproquos. Le jeu débridé des comédiens permet au spectateur d’adhérer aux situations les plus loufoques sans perdre de vue que le théâtre a aussi, depuis ses origines, une mission politique. C’est un théâtre populaire et joyeux, où « le rire aiguise la lucidité du spectateur à l’égard de lui-même et de l’ordre social » (Dario Fo).

Micheline Rousselet

Mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h, samedi à 16h
Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 45 49 77

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