Actualité théâtrale

Jusqu’au 9 mai au Tarmac, partenaire Réduc’Snes, en tournée ensuite

« Kohlhaas »

Mikhaël Kohlhaas , le roman de Heinrich von Kleist, retrace la révolte d’un marchand de chevaux, au XVIème siècle, contre l’arbitraire d’une société encore féodale. Sujet brandebourgeois, il veut se rendre en Saxe pour vendre ses chevaux. Arrêté au passage sur les terres du Junker Von Tronka, qui exige de lui un nouveau laissez-passer qu’il n’a pas, il doit laisser en gage deux de ses plus beaux chevaux. Il découvrira qu’il s’est fait berner et ne trouvera à son retour que deux pauvres haridelles, que l’on a utilisées jusqu’à épuisement comme chevaux de trait. Cherchant à obtenir réparation auprès de la justice, Kohlhaas sera sans cesse débouté, y compris auprès du Prince de Saxe, son adversaire bénéficiant de hautes relations. Il perdra dans cette quête sa fortune et sa femme tuée en tentant d’intercéder. Il se transforme alors en archange vengeur et entraîne derrière lui des villages entiers dans la révolte, obligeant le Prince à chercher une solution. Ce sera l’amnistie pour les révoltés, la chute de la famille Tronka, mais la condamnation à mort de Kohlhaas. Comme Kleist ne veut pas finir sur l’image de cet homme enchaîné et condamné, il a imaginé un retournement qui permet à Kohlhaas, face à la mort, d’affirmer sa liberté face au Prince.

Le Théâtre Agora de Saint Vith (Belgique) et le Théâtre Marabu de Bonn ont adapté ce roman en « drame effroyable, burlesque et musical sur le pouvoir, l’absolutisme et la résistance pour tous à partir de 15 ans » ainsi qu’ils l’annoncent, dans une ambiance de théâtre de foire. Les spectateurs sont accueillis par des musiciens et des bateleurs qui vont leur raconter l’histoire. On a des extraits du texte de Kleist et la conclusion revient au poète anarchiste Eric Müsahm. Mais c’est une vision parodique et burlesque qui l’emporte sur la tragédie. Les acteurs incarnent tous les personnages et sont interchangeables, ils jouent de la musique, chantent, dansent et maintiennent un rythme endiablé. Il y a des trouvailles de mise en scène. Lancés du sommet d’un castellet dressé sur scène pleuvent des marionnettes, figurant les gardes de Tronka, que terrasse Kohlhaas tel un joueur de tennis frappant sur toutes les balles. Ce même castellet devient lanterne magique, où l’on voit le château de Tronka s’enflammer ou encore les Seigneurs tout-puissants discuter de la stratégie à adopter pour faire face à la révolte. Le messager qui porte les requêtes de Kohlhaas se déplace sur un monocycle affublé d’ailes d’ange et ses requêtes finissent invariablement dans une broyeuse. Il se transforme en immense archange blanc à l’apogée de la révolte du héros. Il y a même un jeu de massacre et un faux incident technique.

La mise en scène de Claus Overkamp cherche à tenir l’équilibre entre la gravité du propos politique et le désir de le rendre accessible aux jeunes, vivant et provocateur par une bonne dose de dérision et d’ironie. Il n’y réussit pas toujours parfaitement, mais le résultat est enlevé, insolite et stimulant.

Micheline Rousselet

Jeudi 8 mai à 14h30, vendredi 9 mai à 20h

Tarmac

159 avenue Gambetta, 75020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 64 80 60

Le 13 mai à 20h30 et le 14 mai à 10h

Salle de Davignac à Tulle

Du 5 juillet au 27 juillet à 18h à L’Entrepôt

Festival Avignon off

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