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Un film de Fernand Melgar (Suisse)

"L’Abri" Sortie en salles le 4 mars 2015.

Le centre d’hébergement d’urgence pour sans-abris à la périphérie de Lausanne où se déroule le film de Fernand Melgar, est surnommé le Blockhaus.

Situé dans un tunnel, comme si on voulait l’ignorer et cacher la misère existante, il a une capacité d’accueil de cent lits mais, pour des raisons mystérieuses, il ne reçoit chaque soir, à partir de 22 heures, qu’une cinquantaine d’"élus".

Priorité est donnée aux femmes, aux enfants, aux vieillards, aux handicapés mais si un père se présente seul avec son enfant, on veut bien accueillir l’enfant mais le père est refoulé.

Comment faire admettre à tous ceux qui, chaque soir, sont renvoyés à la rue, quelquefois par des températures de – 10°, que des lits du Centre ne seront pas utilisés.

Est-ce de la part de la politique de la ville une tactique de dissuasion afin de pousser ceux qui ont cru qu’en Suisse, les choses seront plus faciles, au découragement.

Cinéma : l'Abri

Chaque soir a lieu le même rituel : d’un côté de la barrière se retrouvent ceux qui, pressés les uns contre les autres, espèrent un repas chaud, un lit et un petit déjeuner le lendemain matin et de l’autre, un personnel (certains au comportement de matons, d’autres plus aimables mais impuissants) qui a la tâche de trier les pauvres.

"L’Abri" décrit le fonctionnement de la structure d’urgence la plus précaire de la région de Lausanne.

Dépendant des services de la Protection civile, d’un confort sommaire par la promiscuité qui y règne, il reste pour beaucoup l’ultime alternative à passer la nuit dehors.

Si le film dénonce l’absurdité d’une administration qui laisse des abris vacants alors que des personnes vont devoir aller passer la nuit dans des parkings, entrées d’immeubles ou sur des grilles de souffleries, il donne (et ce n’est jamais inutile de le répéter) la mesure de la misère et de l’isolement dans lesquels sont plongés ceux qui ont cru dans des pays d’accueil.

Pris au piège du traquenard où ils se sont englués pour des raisons économiques, politiques ou par méconnaissance de la réalité, ils repoussent les limites des capacités de l’homme à résister au pire et parfois font preuve, malgré les conditions de vie insupportables, d’une confiance et d’un optimisme dont tous les privilégiés pourraient tirer une leçon.

En France, 3,5 millions de personnes sont, soit privées de domicile personnel, soit vivent dans des conditions très difficiles, soit sont en situation d’occupation précaire (hôtel, cabane, mobile-home…).

Un quart des sans domiciles ont un emploi.

Plus de 450 personnes sans domicile-fixe sont décédées en 2013 d’après le Collectif « Les morts de la rue ». Le 115, numéro d’urgence qui gère les places d’hébergement d’urgence (il en existe 110 000) est saturé.

Fernand Melgar est né en 1961 dans une famille de syndicalistes espagnols exilés à Tanger. Il a accompagné clandestinement ses parents au moment de leur émigration en Suisse, en 1963, comme saisonniers.

Son film, "Vol spécial " tourné en 2011 dans un Centre de détention administrative a remporté de nombreux prix (dont celui du cinéma suisse).

Dans " Le monde est comme ça" , il revient sur la destinée de certains protagonistes de " Vol spécial " après leur expulsion de Suisse.

A chaque nouveau film sur le sujet on découvre un peu plus d’inhumanité…

Francis Dubois

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