Actualité théâtrale

Théâtre Déjazet à partir du 2 octobre 2015

"L’Avare" de Molière. Mise en scène Jean-Louis Martinelli

Harpagon a accumulé un magot qu’il a caché dans un coffre au fond de son jardin mais il n’amasse pas que des écus, il cumule aussi des objets dont le descriptif qu’en fait La Flèche est de la plus haute fantaisie.

Il fait commerce de tout mais chez lui, rien n’est apparent et il ne retire d’autre plaisir de la possession que celui de posséder.

Harpagon confond l’être et l’avoir. Il veut donner sa fille en mariage au vieil Anselme pour la seule raison qu’il n’aura pas à donner de dot. Il ne rétribue aucun service, pas même celui que lui rend l’entremetteuse Frosine. Il ne donne rien à ses enfants et faute de les nourrir, réduit ses chevaux à l’incapacité de tirer un carrosse.

Son désir de possession et son adoration de l’argent corrompent tous les rapports avec son entourage.

Dans sa façon d’occulter l’importance de ses biens, Harpagon a à voir avec l’organisation des multinationales d’aujourd’hui où l’opacité et le secret sont de rigueur afin de faire disparaître toute trace de l’existence des capitaux

Dans cet " Avare" qui se donne sur la scène du Théâtre Dejazet dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli et où alternent autant de fulgurances que de facilités, tout repose sur les épaules de son interprète, le magnifique Jacques Weber.

Pouvait-on imaginer qu’Harpagon possède cette opulence, cette envergure, cette ampleur et qu’il soit en même temps fragilisé par sa constante méfiance, son état de perpétuelle inquiétude ?

Que le personnage se présente sous l’aspect d’une force de la nature et qu’il soit par ailleurs si vulnérable ?

Jacques Weber excelle à donner à son personnage, une gamme infinie de postures, d’attitudes, de regards, de malice.

Il parait que c’est lorsqu’il assistait à une représentation de " L’Avare" alors qu’il avait neuf ans que Jacques Weber décida qu’il serait comédien .C’est peut-être parce qu’il portait très fort en lui ce souvenir qu’il est tellement à l’aise avec son personnage, qu’il l’habite si pleinement, qu’il lui apporte tant de nuances, tant de subtilités, qu’il multiplie les inventions, qu’il joue avec les répliques en donnant à chacune dans des variations diverses, autant de gravité que de légèreté.

Théâtre : L’avare

Qu’importe si à ses côtés, Christine Citti rate le personnage de Frosine ou si Jacques Verzier, en en faisant des tonnes, réduit le personnage de La Flèche à néant (et si ces deux personnages portent sur eux des costumes incompréhensibles) puisque grâce à la magnifique prestation de Jacques Weber à laquelle s’ajoutent celles de quelques jeunes comédiens qui s’acquittent très honorablement de leur partition, le plaisir de la représentation reste entier.

De Jacques Weber on pourrait dire, pour faire un bon mot, mais sans mentir, qu’il donne une interprétation généreuse de "L’Avare " !

Francis Dubois

Théâtre Déjazet 41 Boulevard du Temple 75 003 Paris

Réservation au 01 48 87 52 55

Programmation du théâtre Déjazet

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)