Enseignement moral et civique (EMC)

L’EMC dans le #LycéeBlanquer : de l’affichage à la réalité

De nouveaux programmes s’appliquent pour le lycée dès la rentrée 2019 en classe de seconde et de premières générale et technologique. Ils ont été publiés dans un BO spécial le 22 janvier 2019, nous en livrons ici quelques éléments d’analyse.

Une inadéquation frappante entre contenus et conditions d’enseignement

La grille horaire de la réforme du lycée a pour conséquence une dégradation importante des conditions d’enseignement de l’EMC : il est réduit à 18 heures annualisées sans aucun dédoublement garanti car cela dépendra de l’utilisation locale de la marge. Le préambule très ambitieux quant aux finalités de l’enseignement moral et civique contraste avec la réalité de cet horaire.
Il faudra donc traiter chaque année en 18 heures, autour d’une thématique globale (la liberté en classe de seconde, puis le « lien social » en première) : 2 axes qui devront chacun comporter à minima 2 domaines (comme par exemple les libertés individuelles, les libertés collectives, les conditions de la liberté, mais aussi l’espace d’exercice des libertés…). Chacun de ces domaines donnant lieu à chaque fois à plusieurs objets d’enseignement possibles.
Cette structure dont on peine à trouver le sens va constituer à n’en pas douter un premier carcan important. Avec un seul thème annuel il y a par ailleurs un risque de lassitude des élèves et des enseignant·es, en même temps que le nombre des objets et des notions à faire acquérir et mobiliser ne peut que conduire au survol. Les entrées dans le programme (questionnements et même objets d’enseignement) sont assez abstraites : comme si les élèves devaient apprendre la citoyenneté, la liberté, le lien social, sans les pratiquer, sans devenir acteurs et actrices...

Quelle évaluation ?

Les programmes laissent en suspens la question de l’évaluation qui va s’avérer très problématique dans l’horaire imparti. En tant qu’enseignement du tronc commun, l’EMC est prise en compte pour l’obtention du baccalauréat général et technologique (dans les 10 % de contrôle continu).
Dès lors va se poser la question de son évaluation, d’une manière d’autant plus prégnante que les pratiques conduisaient souvent à des formes d’évaluations différentes, liées à des pratiques pédagogiques différentes : débats, exposés, recherches, travaux de groupe, etc.

Des changements par rapport à la première version du CSP

Nous avions noté dans le projet de programme du CSP (Conseil supérieur des programmes) la disparition totale des références à la pratique du débat comme centrale (juste une allusion dans les capacités attendues à la fin), et la disparition de toute référence à l’actualité. Le « projet de l’année » avec l’insistance sur la constitution d’un dossier écrit, la recherche documentaire, était présenté comme obligatoire et central.
Les seuls points positifs des programmes publiés sont le retour à la mention explicite de la pratique du débat et caractère désormais facultatif du « projet de l’année » (« le professeur peut développer un projet de l’année »)
Qu’en sera-t-il de la réalité de ces pratiques, avec des groupes classes très nombreux, un volume horaire très restreint et la contrainte de l’évaluation ?..

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