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Un film de Kaveh Bakhtari (Suisse-France)

"L’Escale" Sortie en salles le 27 novembre 2013.

A Athènes, dans son modeste appartement, Amir, en possession d’un permis de séjour, accueille des migrants en transit, en situation irrégulière. Comme lui, ils ont décidé de quitter leur pays et ont rencontré les mêmes difficultés, essuyé la malhonnêteté d’un passeur.

La Grèce n’est qu’une escale et tous ont le même désir : rejoindre un autre pays occidental.

Ils sont quatre, cinq, six à se retrouver chez Amir dans l’attente d’une opportunité, de papiers, de contacts, d’un passeur à qui ils confieront leur destin.

Certains sont prêts à prendre le risque seuls mais il faut, pour grossir les chances de passer entre les mailles du filet, attendre les périodes touristiques, quand les aéroports fonctionnent à plein et que les contrôles sont plus relâchés.

Pendant les quelques semaines où ils se trouvent regroupés alternent les moments d’espoir, de découragement, les larmes, les rires et se tissent, entre les "pensionnaires", des liens chaleureux, des conflits, l’amorce d’une amitié, même s’ils savent bien que leur rencontre est éphémère.

Kaveh Bakhtari a partagé la vie du groupe pendant le temps du tournage. C’est le quotidien de ces hommes qu’il décrit comme une expérience humaine qui puise dans les activités les plus ordinaires, le pathétique.

Sa caméra saisit sur le vif leurs allées et venues empreintes d’inquiétude, l’incertitude du lendemain, les stratégies pour éviter les contrôles de police et les comportements qu’impose à des hommes sur un qui-vive constant une vie commune en vase clos.

On peut parler d’état de survie pour ces êtres otages d’une situation extrême où l’espoir vacille à chaque instant.

Si Amir, soucieux de l’état de chacun, toujours prêt à aider et à imaginer des solutions adaptées à chaque cas, endossait le rôle de "papa" de la "pension", Kareh Bakhtari avait celui de "l’homme à la caméra", une présence sans doute encombrante dans l’exiguïté du logement mais il y était toléré car il était le seul à pouvoir témoigner sur ce que le statut d’illégaux oblige à endurer.

Ces hommes emmurés dans la clandestinité, en état de survie, savent qu’ils n’ont d’autre choix que celui de passer un jour le pas, de quitter un matin le logement d’Amir. Ils savent que ce matin-là, ils auront bouclé leur bagage pour tenter le tout pour le tout.

Si le quotidien que la caméra épie est souvent bouleversant, le moment de la séparation est en général vécu comme un simple départ.

A ce moment-là, l’inquiétude est-elle assez forte pour qu’elle ne se lise pas sur les visages ou bien, la décision prise, une sorte d’inconscience saisit-elle le "voyageur" ?

Un film fort sur une cohabitation "border-line", sur la peur et la terrible incertitude du lendemain.

Francis Dubois

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