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Autour de « Robert sans Robert » de Bernard Sasia

« L’Estaque, Marseille, d’une seule main ! »

Complémentairement à la présentation de ce film peu avant sa sortie le 29/9/2013 , une collègue revient sur ce film inhabituel. PL

Une main joue sur le clavier, déplace la souris, dans l’ombre d’un studio, et nous entraîne d’une
image à l’autre, promenant sur l’écran une flèche insistant sur tel ou tel détail. Ainsi Bernard Sasia
nous entraîne, au fil de son documentaire, à travers l’oeuvre de Robert Guédiguian, qu’il connaît
bien : en 30 ans il a monté 17 films de Guédiguian. C’est un documentaire de commande, Robert
Guédiguian cherchait quelqu’un, dans le cadre de Marseille 2013, pour réaliser un travail sur ses
films, il a demandé à Bernard Sasia qui il voyait pour le faire, Bernard Sasia a répondu « moi ! ».
C’était une évidence, le chef monteur se lance alors dans un jeu avec les images qu’il a en mémoire
(la sienne et celle de son disque dur externe). Il livre avec passion tous les arcanes du métier de
monteur. La voix de Bernard Sasia dit cette passion, celle du « je » d’un monteur qu’il a défini et
appris à dire avec Clémentine Yelnik, actrice. Le monteur choisit et propose ce qu’il a retenu des
rushes et collabore au plus près avec le réalisateur. Etre monteur ce n’est pas seulement maîtriser
des logiciels, c’est voir, c’est suivre un point de vue, c’est aussi participer à une oeuvre collective...
Cette redécouverte de l’oeuvre de Robert Guédiguian est ludique, les associations sont libres : aveux
amoureux, chemises rouges ou bleues, le trio Darroussin/Ascaride/Meylan très jeunes ou un peu
moins, variantes sur la même séquence... Le spectateur s’émeut, rit. Mais cette redécouverte est
aussi incitative. L’envie prend à chacun de voir ou revoir les films évoqués. Plus même, les
rapprochements de plans, de séquences engagent à l’analyse comme autant de pistes entr’ouvertes
qui nous tentent : Marseille comme décor, les choix politiques, le portrait d’un monde populaire. Le
voyage dans l’oeuvre est tracé par ce guide-mont(r)eur sorti de l’ombre pour le plaisir du spectateur.
Il l’incite à prendre l’initiative d’autres voyages dans le décor privilégié de l’Estaque, de Marseille.
Mesurons cette chance car Robert Guédiguian est, comme il le dit malicieusement, le cinéaste qui,
dans le monde entier, a le plus tourné à Marseille !
Muriel Forté

Robert sans Robert de Bernard Sasia et Clémentine Yelnik
film documentaire, France 2013, 1h30

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