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Un film de Leonardo Di Costanzo (Italie-Suisse)

"L’Intervallo" Sortie en salles le 24 avril 2013

Salvador, un adolescent, vendeur itinérant de "granite" aux fruits dans les rues de Naples est, au moment où va commencer sa journée, réquisitionné par des membres de la Camorra pour surveiller dans un vaste local désaffecté, Veronica, une adolescente à qui l’organisation reproche de fréquenter un garçon qui appartient à un clan rival.
Salvatore est timide, mal dans sa peau, Veronica effrontée, vindicative et il faudra pour que ces deux-là s’apprivoisent, passer par un certain nombre d’épreuves. Pourtant, au fur et à mesure que la journée se déroule, les rapports évoluent et une certaine complicité s’instaure entre eux.

"L’Intervallo" est l’histoire de la rencontre de deux adolescents désassortis dans laquelle les adultes le plus souvent absents n’apparaissent que comme une menace ou les tenants de la règle établie. L’un des adolescents est le surveillant, non convaincu de sa mission. L’autre la prisonnière en attente d’une solution qui ne tient qu’à elle : soit elle renonce à son histoire d’amour et passe dans le bon clan, soit elle s’obstine et son avenir risque d’être sévèrement compromis. Bien que les enjeux soient différents : pour Salvador la perte de sa charrette à glaces, pour Veronica une sanction pouvant aller jusqu’à la mort, les deux jeunes gens sentent peser sur eux une menace diffuse mais bien réelle. Ils ont assez d’exemples en mémoire pour savoir que la mafia est capable de tout. Et c’est sans doute, même s’ils n’en parlent pas ouvertement, cette menace partagée qui finit par rapprocher ces deux êtres finalement aussi prisonniers l’un que l’autre.

Le film de Leonardo Di Costanza repose sur deux strates de récit : le rapprochement progressif des deux jeunes gens que tout oppose et qui, en d’autres circonstances, se seraient ignorés et, en arrière-plan, la force sourde d’une organisation qui menace ou cajole et à la volonté de laquelle, à des degrés divers, doivent se plier tous ceux qui souhaitent continuer à vivre dans la ville.

Leonardo Di Costanza a choisi de tourner le film dans l’ancien hôpital psychiatrique Leonardo Bianchi de Naples, un édifice qui d’étend sur plus de deux cent mille mètres carrés datant du dix-neuvième siècle et laissé à l’abandon depuis de nombreuses années. Les intérieurs sont hostiles, humides, en très mauvais état et les extérieurs, d’anciens jardins, ont été totalement envahis par une végétation anarchique. Nul autre que cet espace qui donne une impression de semi-liberté mais qui, compte tenu de sa destination première, est totalement clos, ne pouvait mieux convenir au récit en lui distillant une angoisse latente.
Une autre bonne idée du metteur en scène est d’avoir confié les deux personnages principaux à des non professionnels hors de tout souci d’esthétisme.
Dès leurs premières apparitions l’un et l’autre se situent comme des laissés pour compte de la société, des êtres qui, s’ils ne connaissent pas un destin tragique, croupiront dans la pauvreté dont ils semblent avoir hérité dès leur naissance.

Un récit qui, sans jamais insister, permet de prendre la mesure d’une oppression opérée par la Camora que sa puissance rend incontournable et qui, de façon plus ou moins souterraine mais bien réelle, pèse de toute son autorité sur chaque quartier. Un récit simple mais efficace, sans fioriture ni dramatisation qui révèle l’existence d’une force obscure et redoutable.
Francis Dubois

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