Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Lyes Salem (France-Algérie)

"L’Oranais" Sortie en salles le 19 novembre 2014.

Djaffar et Hamid sont deux amis trentenaires dans l’Algérie du milieu des années 50. Hamid est déjà engagé dans la lutte pour l’indépendance du pays

Les circonstances décideront pour Djaffar qui, pour couvrir leur fuite à la suite d’un contrôle de l’armée française, tue involontairement le garde-champêtre français du village.

Djaffar n’aura dès lors, plus d’autre choix que de prendre le maquis où il combattra pendant quatre années. Il trouvera foi à son action dans le Djebel algérien tandis qu’Hamid mènera son action depuis le Maroc.

En 1962, de retour à Oran, les deux amis de lutte se retrouvent dans l’enthousiasme et la découverte de la liberté mais lorsqu’il veut rejoindre son épouse, Djaffar apprend qu’elle a été violée en représailles au meurtre du garde-champêtre et plus tard abattue. Que de ce viol, un enfant est né.

Dans l’enfant blond aux yeux bleus qui a été récupéré par sa famille et élevé par sa tante, Djaffar ne peut dans un premier temps, reconnaître son propre fils. Il décidera plus tard de sa paternité, par amour pour la défunte, martyre de la libération.

Le déroulement des premières années de l’indépendance tiendra à peu près à égalité les projets d’Hamid et de Djaffar. Ils investissent également les "biens vacants" que les français ont laissés derrière eux et tentent d’aider à la reprise en main d’un pays laissé en état marche mais privé de "têtes pensantes" et de techniciens suffisamment formés pour reprendre le flambeau.

Djaffar et Hamid, au nom de leur action pendant les années de lutte, vont occuper des postes stratégiques dans l’Algérie nouvelle.

Les responsabilités politiques qui incombent à Hamid vont le griser et le faire dériver du côté du luxe et de la vie facile jusqu’à ce que la corruption s’installe.

Dès lors, les chemins des deux amis ne vont cesser de diverger. Djaffar, face au meurtre de Farid, jeune idéaliste qui était devenu par son intégrité un remords vivant gênant pour Hamid, se désolidarisera définitivement de ses agissements en rupture avec l’idée de départ qu’ils avaient en commun, de construire une Algérie nouvelle
Cinéma : "L'Oranais"
Le film de Lyes Salem passe sans s’attarder sur les épisodes de la guerre de libération de l’Algérie depuis le milieu des années cinquante qui ont vu démarrer le conflit (novembre 1954) jusqu’à l’indépendance déclarée du pays, en 1962.

Les huit années de guerre ne sont que l’amorce du film puisque le propos essentiel de " L’oranais" repose, à travers les personnages de plus en plus contrastés d’Hamid et de Djaffar, sur les années de l’après indépendance jusqu’à la fin des années 80, au moment où sont sur le point d’exploser les violentes émeutes à Alger qui allaient se généraliser à tout le pays.

Lyes Salem dénonce parfaitement le processus qui amène les deux compagnons d’armes, puis Hamid tout seul, à perdre de vue les raisons originelles de la révolution au profit des facilités qui s’offrent à eux.

Comment Hamid, combattant de la première heure, a pu abandonner un vrai idéal pour se laisser emporter par une vie de luxe totalement consentie ?

Il montre comment la transformation d’un militant sincère en potentat politique se produit de façon insidieuse, presqu’à l’insu de l’individu ; comment une fois qu’on a goûté au pouvoir et à la vie facile, on peut aller très loin dans le retournement idéologique.

Sa démonstration est d’autant plus efficace que son film efface totalement du récit, le peuple qui, avec la scission de la population en deux parties contrastées, s’installe dans la pauvreté.

Il ne le montre jamais et pourtant à travers l’ascension vertigineuse d’ Hamid, le luxe dans lequel il vit, le dénuement du peuple existe en filigrane. Et c’est peut-être parce que l’idéaliste Farid lui rappelle par sa simple fidélité à son idéal, l’Algérie à "double vitesse" qu’il voudrait continuer à nier, qu’il le fait disparaître.

"L’Oranais " est un film lucide et puissant où la cruauté et l’émotion se côtoient, de même que le drame et l’humour, une sorte de tragédie contemporaine sur un sujet éminemment politique à hauteur de ceux qu’a pu réaliser dans les années soixante, Costa Gavras…

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Une part d’ombre »
    David est en apparence un homme irréprochable. Époux comblé et père de deux beaux enfants, il est entouré d’amis enthousiastes, chaleureux et fidèles. Lorsqu’au retour de ses vacances, il est interrogé... Lire la suite (19 mai)
  • « Passion »
    Un groupe d’amis se retrouvent régulièrement pour un dîner au restaurant, intime et joyeux. C’est à l’occasion d’une de ces réunions que deux d’entre eux vont annoncer aux autres leur décision de se... Lire la suite (14 mai)
  • « Meurs monstre, meurs »
    Dans une contrée reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une bergère est découvert décapité. Cruz l’officier de la police rurale est chargé de l’enquête. Très vite, David le mari de Francesca, la... Lire la suite (13 mai)
  • « Lourdes »
    Les parois rocheuses de la grotte de Lourdes sont caressées par des dizaines de milliers de personnes chaque année. Ils y laissent l’empreinte de leurs rêves, de leurs attentes, de leurs espoirs et... Lire la suite (9 mai)
  • « Matar a Jesus »
    Paula, une jeune étudiante libre et insouciante est inconsolable depuis le jour où elle a assisté à l’assassinat de son père, un professeur d’université activiste, en plein jour au centre de la ville de... Lire la suite (8 mai)