Actualité théâtrale

au Théâtre de la Bastille

"L’Ours normand, Fernand Léger" Textes de Fernand Léger Conception et jeu Arnaud Churin

© Pierre Grosbois

Arnaud Churin apparaît dans la pénombre. Il entame un premier texte de Fernand Léger, "Le cirque" qui ouvre sur l’œuvre du peintre pendant que les spots au fond de la scène qui clignotaient à tour de rôle, finissent, en s’allumant tous, par créer l’éclairage final du spectacle.
On y découvre progressivement l’artiste seul au travail et le texte qui traduit à la fois l’aventure de la création et la puissance de l’artiste, met le spectateur au cœur de la peinture complexe de Léger. La volonté du peintre est de répondre à son seul instinct de créateur, à son désir de rester hors de toute influence, dans une exigence qui n’obéit qu’à sa seule perception des choses, son seul regard.
Dans un second temps, "L’entretien" tiré d’un entretien accordé à Dora Vallier, apporte un éclairage à cette première partie qui rendait, de prime abord, la peinture de Fernand Léger peu séduisante, comme une démarche austère pour un résultat artistique difficile d’accès.
Il y est beaucoup question de sa façon de concevoir son travail, de ses études d’architecte à Caen puis aux Beaux-Arts, de la guerre de 14-18 qui lui fait rencontrer, dans les tranchées, un peuple "vif et sain".
Arnaud Churin est maintenant dans la lumière et à mesure qu’il dévoile, avec ce second texte plus anecdotique, des pans de la personnalité de Fernand Léger, son humour, cette naïveté qui se fond dans ses exigences d’artiste, son regard sur ses confrères de La Ruche à Montparnasse, Delaunay, Chagall ou Cendrars, le jeu de l’acteur prend de l’ampleur.
Et voilà qu’apparaît sous nos yeux, cet ours de Normandie, personnage terrien, solidement enraciné dans ses origines populaires. Et ce qui se passe désormais sur le plateau tourne à la magie. Le comédien s’empare du personnage et on ne sait plus très bien à qui revient cette rusticité, cette force et cette générosité qui sont autant dans le texte de Fernand Léger que dans le jeu tout offert du comédien.
"Si mon père n’était pas mort lorsque j’avais cinq ans, je serais devenu comme lui, marchand de bœufs" dit tout simplement le peintre.
La spontanéité des propos du grand maître se teinte de modestie, d’humilité, de bon sens terrien et il y a tout cela dans l’interprétation d’Arnaud Churin. Il y a du charme, de la rondeur, aussi.
Pour le comédien, concepteur du spectacle "L’ours normand, Fernand Léger", le spectacle revient à une autobiographie déguisée et le peintre est devenu "une présence bienfaisante, un compagnon de mots, un copain de préoccupations"
Arnaud Churin quitte le plateau avec autant de discrétion qu’il y est entré. Entre les deux moments, on a eu le temps d’assister à un superbe spectacle dont il reste comme un goût de tendresse.
Un dossier pédagogique est disponible sur le site du théâtre.
Francis Dubois

Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette 75 011 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 57 42 14
www.theatre.bastille.com

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