Actualité théâtrale

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 14 mai 2017, à 21 h. Le dimanche à 15h 30.

« L’abattage rituel de Gorge Mastromas » de Dennis Kelly. Mise en scène Chloé Dabert.

Gorge a eu, dans son enfance, une période perturbée par ses fluctuations amicales à l’égard de son voisin de pupitre et ami, Paul, leader de la classe.

Ce qui ne l’a pas empêché, parvenu à l’âge adulte, d’être ce qu’on appelle « un type bien », toujours enclin à aller vers ce qui paraît juste.

Mais un jour, il se retrouve face à une situation délicate, un véritable dilemme. Son employeur est au bord de la faillite et c’est à Gorge dont le pouvoir s’est amplifié, de choisir : le sauver ou le sacrifier.

C’est alors que le mensonge se présente comme une solution et vient perturber ses convictions morales.

Gorge est entre temps, devenu un homme puissant à la fortune colossale mais son passé va lui revenir en boomerang.

Théâtre : l'abattage rituel de Gorge Mastromas

Dans sa pièce qui se présente comme une épopée, l’auteur britannique Dennis Kelly dresse dans une langue acérée, le tracé du cynisme en marche, de la tentation du pouvoir, de la puissance décomplexée et libérée de tout principe éthique.

La structure du texte, les enjeux, les personnages brouillent les pistes et apparaissent d’une grande complexité .

Ce pourrait être le procès d’un individu dont les actes sont condamnables ou les derniers moments de la vie d’un « monstre », le destin d’un héros tragique.

Mais Gorge est tout à la fois un lâche, un homme intègre jusque dans la trahison, une victime et un tyran.

Dans ce labyrinthe narratif, entre récit réaliste (et drôle, magnifiquement joué par Julien Honoré) et des basculements subits de décor et d’atmosphère, la pièce flirte, ici et là, avec l’onirique et le surnaturel et un rapport au temps pas toujours logique.

Le texte de Dennis Kelly peut s’attarder longuement sur un simple détail et traverser dix années avec une seule réplique.

C’est drôle, enlevé, pathétique, brutal et émouvant et si l’interprétation est un peu inégale, on savoure l’abattage capricieux de Marie-Armelle Deguy et la prestation brillante de Julien Honoré dans le rôle d’un étrange narrateur dont on ignorera jusqu’au bout s’il est un acteur ou un témoin.

Une pièce qui renvoie au monde dans lequel nous vivons et qui interroge bien au-delà des questions de société.

Francis Dubois

Théâtre du Rond- Point – 2 bis Avenue Franklin Roosevelt 75 008

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée »
    Comme chaque semaine le Comte se rend chez la Marquise le jour où elle tient salon. Il craint qu’elle ne soit entourée de la foule habituelle des importuns, mais ce jour-là la météo en a décidé... Lire la suite (14 juin)
  • « L’avare »
    Comme l’a dit Louis Jouvet, ce n’est pas tant une passion de l’argent qui habite Harpagon, qu’une maladie qui le rend stupide, dur et égoïste à un degré magnifique ». C’est ce côté très noir qui habite... Lire la suite (13 juin)
  • « VxH – La voix humaine »
    Une femme attend, seule à côté d’un téléphone, un signe d’amour de celui qui l’a quittée. Elle parle, comprend, l’excuse, s’excuse. Elle aime toujours, s’invente des culpabilités pour ne pas faire face à un... Lire la suite (12 juin)
  • « L’Établi »
    Dans la foulée de mai 1968, des étudiants militants maoïstes choisirent de s’établir en usine pour encourager la création d’un mouvement révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. Robert Linhart,... Lire la suite (11 juin)
  • « King Kong Théorie »
    Paru en 2006, l’essai de Virginie Despentes a été présenté comme « un manifeste pour un nouveau féminisme ». Les controverses se déchaînèrent autour du livre où l’auteur parlait du viol qu’elle avait subi... Lire la suite (4 juin)