Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 février au Théâtre 13/Seine

« L’affaire de la rue de Lourcine »

Lorsque Lenglumé, un rentier financièrement à l’aise, se réveille avec un sévère mal de tête, à la suite d’une soirée très arrosée des anciens de l’Institution Labadens, il découvre couché à ses côtés un inconnu, Mistingue. Tous deux se demandent ce qu’ils font ensemble, puisque « après la salade », ils ne se souviennent plus de rien. Un journal trouvé dans la pièce évoque l’horrible crime commis contre une charbonnière, rue de Lourcine, et bien des indices qu’ils découvrent dans leurs poches semblent les accuser.

Théâtre : L'affaire de la rue de Lourcine

Dans cette pièce, Labiche exploite toutes les ficelles du vaudeville, quiproquos, mensonges en cascades jusqu’à l’absurde, et en profite pour égratigner les bourgeois, bêtes, égoïstes, veules, prêts à tout pour garder leur confort et leur tranquillité. La scénographie très réussie, met au centre de la pièce un bassin où les héros se lavent, non pour effacer des remords qu’ils n’ont pas, mais pour se débarrasser des traces supposées de leur forfait. La mise en scène de Yann Dacosta sans laisser complètement de côté l’aspect parfois sombre de la pièce choisit un parti pris qui renvoie plutôt au cinéma burlesque. Le désordre est partout, dans les bruits de verres cassés, dans l’orage qui éclate, dans le comportement anomique des personnages. Quand le rideau s’ouvre, des ombres évoluent derrière un voile noir, évoquant la soirée de la veille aux aspects cauchemardesques. Puis les personnages apparaissent un à un, s’interrogeant sur ce qui a bien pu se passer. Une enquête avec une logique délirante démarre, où se révèlent les tares de cette bourgeoisie mesquine, arc-boutée sur l’orgueil de sa position sociale, angoissée par tout ce qui pourrait la mettre en cause, uniquement soucieuse des apparences, prête à toutes les trahisons et à aller jusqu’au crime, car il y a de la noirceur derrière le rire de Labiche. Á ce jeu de massacre, nul n’échappe, ni les bourgeois, Lenglumé (très bon Benjamin Guillard) ou Mistingue (Guillaume Marquet), ni la femme de Lenglumé interprétée avec ce qu’il faut d’adaptation à des situations abracadabrantes par Hélène Francisi, ni le valet (Pierre Delmotte) qui épouse peu ou prou les tares de son maître. Jean-Pascal Abribat se désarticule et met un comble au burlesque dans son interprétation de Potard, le beau-frère, à la recherche accessoirement de son parapluie, mais surtout d’un prêt. La pièce s’accompagne de chansons interprétées par les acteurs accompagnés de deux musiciens. Finalement tous, de parfaits scélérats pourtant, s’en sortent bien. C’est du Labiche !

Micheline Rousselet

Mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, le dimanche à 15h30

Théâtre 13 / Seine

30 rue du Chevaleret, 75013 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22

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