Actualité théâtrale

Jusqu’au 31 décembre au Lucernaire

" L’apprentie sage-femme " Partenaire Réduc’snes

C’est une histoire d’apprentissage ou comment, dans une Angleterre ancienne et rurale, une petite fille abandonnée, qu’on appelle « la morveuse » ou « le cafard », recueillie par « la Pointue », une sage-femme rapace et revêche, se transforme en une jeune fille capable de se donner un nom, Alice, et de devenir maîtresse de sa vie. L’histoire poignante de cette petite fille, sortie du fumier, qui ne trouve longtemps qu’un chat pour l’écouter, un chat comme elle, victime de la cruauté des enfants et des adultes, est aussi celle de la capacité des êtres humains à survivre face à la misère et aux humiliations. Celle que l’on appelle « le cafard » va, avec une énergie farouche, frayer peu à peu son chemin, se faire quelques amis et surtout apprendre en observant le monde qui l’entoure, apprendre à rire, à pleurer, à être une personne et elle va à son tour devenir sage-femme. 

Philippe Crubézy a adapté un roman de Karen Cushman publié à l’École des Loisirs en un monologue à la langue impressionnante. La langue rudimentaire et rugueuse de l’enfant sans nom qui dort entre les pattes des cochons pour échapper au froid, s’affine et s’enrichit peu à peu au rythme de ses rencontres. Les images traduisent une Angleterre campagnarde, on ressent la tristesse et le froid de l’hiver, les odeurs du fumier qui envahissent l’espace, on entend le raclement des sabots, le bruit des charrettes qui brinqueballent sur le chemin, on est l’enfant émerveillée qui découvre la foire. Les jurons et les expressions paysannes traduisent les colères, les exclusions, mais aussi les croyances, les superstitions et la misère des sentiments.

Dans un décor sobre, avec juste un baquet, une chaise et une table sur laquelle sont posées trois pommes, une cruche, un bol et un couteau, un décor qui évoque les intérieurs de Le Nain, Nathalie Bécue, ancienne pensionnaire de la Comédie Française, dit ce texte. Conteuse, capable de nous faire sentir les odeurs, les lumières, les petits évènements de cette Angleterre archaïque, elle se transforme aussi en cette petite morveuse humiliée, elle est aussi la Pointue, revêche, grondeuse et méchante, les enfants aux jeux cruels ou la femme qui hurle dans les douleurs de l’enfantement. Elle nous attrape dans le filet de sa voix, de son regard. On suit le moindre de ses mouvements. Elle occupe l’espace, crie, murmure la peine, dit les espoirs et se redresse comme cette petite morveuse devenue une femme qui sait dire « qu’est ce que je veux », et on n’a plus envie de la quitter.

Micheline Rousselet

 

Du mardi au samedi à 19h

Le Lucernaire

53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 48 91 10

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La vie de Galilée »
    La pièce, écrite par Brecht en 1938 et retravaillée jusqu’aux années 50, suit la vie de Galilée astronome, mathématicien et physicien italien du XVIIème siècle. Toujours avide de mettre au point de... Lire la suite (17 juin)
  • « Mary said what she said »
    Robert Wilson a offert le trône de Marie Stuart à Isabelle Huppert, une comédienne avec laquelle il se sent beaucoup d’affinités car elle comprend ce qu’il veut faire sans avoir besoin de beaucoup... Lire la suite (15 juin)
  • « Huckleberry Finn »
    Ce roman est considéré comme le chef d’œuvre de Mark Twain. L’histoire, qui se situe dans les années 1850 avant la guerre de sécession, est celle de Huckleberry Finn , un gamin si maltraité par son père... Lire la suite (7 juin)
  • L’école des femmes en accès libre sur internet
    Le spectacle L’école des femmes crée à l’Odéon en novembre 2018 avec une mise en scène de Stéphane Braunschweig est disponible en accès libre sur le site internet du théâtre et sur la plateforme Vimeo... Lire la suite (7 juin)
  • « Le champ des possibles »
    Après ses deux premiers spectacles ( La banane américaine, consacré à l’enfance et Pour que tu m’aimes encore, à l’adolescence), qui ont connu un joli succès, Élise Noiraud se consacre, avec ce nouvel... Lire la suite (6 juin)