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Un film d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (France)

"L’arbre et la forêt" Sortie en salles le 3 mars

Frédérick et sa femme Marianne sont un couple vieillissant de sylviculteurs. Pour Frédérick, les arbres ne sont pas une simple source de revenus. Il leur est profondément attaché et rien ne lui convient mieux que les promenades en solitaire qu’il fait dans les futaies. Il porte un attachement particulier à l’un d’eux qu’il a lui-même planté, qui se dresse à proximité de la maison et qui est profondément lié à un épisode douloureux de sa vie. C’est à son goût de la solitude que Frédérick doit sa réputation de vieux bougon mais chacun autour de lui s’interroge à son sujet quand il refuse d’assister aux obsèques de Charles son fils aîné avec qui il n’avait plus de contacts.
Parmi les proches qui se sont déplacés à l’occasion du deuil, il y a Françoise, son ex-bru, divorcée depuis longtemps du défunt, Guillaume son second fils, sa femme Elisabeth et leurs jeunes enfants, Delphine, sa petite fille, fille de Charles et Rémi le fiancé de celle-ci.
Il sont pour quelques jours réunis et ce rassemblement dans les circonstances, donne à Frédérick l’idée de se débarrasser d’un secret dont seuls, Charles et Marianne avaient eu connaissance.
L’action se situe en 1999, juste avant la fin du millénaire et à cette époque l’Etat français n’a pas encore officiellement reconnu la déportation homosexuelle. C’est une des raisons pour laquelle Frédérick a toujours laissé croire, au nom du confort du silence, qu’il avait été déporté pour des raisons politiques.
Olivier Ducastel et Jacques Martineau qui avaient si bien réussi "Jeanne et le garçon formidable" en 1998 dont le personnage central était un jeune homme atteint du Sida, nous font pénétrer dans l’intimité biscornue d’une famille qui s’est avec le temps, émancipée de la rigueur des règles bourgeoises, mais qui en a conservé l’essentiel et dont l’oreille n’est pas encore tout à fait prête à entendre toutes sortes de révélations. D’autant plus qu’un aveu de la taille de celui que Frédérick livre à sa famille, va rouvrir de vieilles blessures et laisser les protagonistes partagés entre la tendresse reconduite ou l’hostilité larvée.
Les deux cinéastes ont choisi, pour servir leur film, de le traiter avec une grande fluidité, et de conduire la peinture des liens familiaux à la fois évidents et complexes, avec une sorte de familiarité, de proximité touchantes. De donner à chacun des personnages de second plan, un contour si défini, si précis qu’il les met à égalité avec ceux de Frédérick et de Marianne. Il font de Françoise, officiellement sortie de la famille, une présence frontale et singulière, de Guillaume un écorché vif qui livre entre les mots, les raisons de son mal être, d’Elisabeth en très peu de scènes, une épouse appliquée et rigoureuse mais totalement démunie quand son image se fissure. Delphine au bon milieu de son bonheur avec Rémi, s’effraie d’un avenir qui pourrait être tout entier, construit sur le friable du mensonge.
Il y a aussi Rémi, l’amoureux, témoin silencieux jamais juge à la présence rassurante.
"L’arbre et la forêt" est une belle et forte histoire servie par une éclatante distribution. Il faut saluer le retour sur les écrans de Françoise Fabian, magistrale, de Guy Marchand qui avait déjà amorcé une reconversion réussie chez Christophe Honoré.
Ils sont tous à citer pour leur talent et la belle connivence avec laquelle ils contribuent à la réussite de cette peinture tendre et rugueuse d’un microcosme familial.
Francis Dubois

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