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Un film d’Abdellah Taïa (France-Maroc-Suisse)

"L’armée du salut" Sortie en salles le 7 mai 2014.

Abdellah, un adolescent d’une petite quinzaine d’années vit avec sa nombreuse famille dans un quartier populaire de Casablanca.

Homosexuel, il répond sans résister aux propositions d’hommes sexuellement frustrés du voisinage et intègre ces "parenthèses" à sa vie.

Il nourrit une forte admiration pour son frère aîné Slimane dont il visite la chambre en son absence, pour s’imprégner de sa personne à travers un contact avec ses objets familiers.

Abdellah qui entretient peu de rapports avec ses quatre sœurs, ne s’intéresse pas non plus au benjamin de la fratrie.

La première partie du film rend compte de la vie d’Abdellah au sein de sa famille sans trop savoir si l’objectif que s’est fixé l’adolescent est d’y trouver sa place ou si, au contraire, il fait en sorte de se construire une solitude.

Le récit est constitué de scènes courtes ayant trait au quotidien, dont le choix déroute plus qu’il ne débouche sur une véritable chronique familiale. La mère est-elle une femme autoritaire ou soumise ? Le père est-il un homme discret, effacé ou un mari violent à ses heures ? On n’en apprend pas beaucoup plus à propos du frère aîné Slimane entraperçu comme un homme à femmes.

Quant à Abdellah qui répond aux propositions sexuelles d’hommes du voisinage, on ne saura jamais vraiment s’il en a fait une habitude, s’il en retire un réel plaisir ou si ces rencontres passagères sont le passage obligé pour atteindre un objectif de liberté ou de solitude.

Tout à coup, sans crier gare, un texte sur l’écran annonce qu’on est dix ans plus tard.

Abdellah a fréquenté l’université de Casablanca. Il parle parfaitement le français et il a un riche suisse comme amant.

En compagnie de Jean, il va faire une promenade en barque sur le fleuve Bou Regreg, conduit par une jeune marocain qui, sous la menace, va tripler la somme convenue au départ de la ballade.

Cet incident ordinaire aura pourtant valeur de déclic. Adbellah va quitter le Maroc et, profitant des relations de Jean, obtiendra une bourse d’études en Suisse.

Mais lorsqu’il aura obtenu la bourse, il rompra avec son donateur, comme il a rompu avec son pays, prouvant bien que c’est d’indépendance et de liberté au prix de la solitude, qu’Adbellah a besoin pour poursuivre.

En attendant le premier versement de la bourse, Abdellah trouvera asile à l’Armée du salut où il partagera une chambre avec un autre marocain à qui il va demander de lui chanter une chanson. Ce sera une chanson du pays et les larmes qu’Abdellah laissera couler en l’écoutant signifieront-elles qu’il a atteint son but, ou au contraire échoué dans sa rupture avec le Maroc ?

"L’Armée du salut" est un étrange et attachant récit. Si l’ambiguïté des projets d’Abdellah demeurera intacte jusqu’à la fin, la même incertitude plane sur la façon dont Abdellah Taïa construit son récit.

Mais c’est précisément là que le film puise les éléments pour échapper aux poncifs et devenir une œuvre singulière et réussie.

Si au début du film, on opte pour des défauts de structure, on se rendra bientôt à l’évidence : ce qu’on avait pris pour de la maladresse dans le déroulement des faits est en réalité la tonalité personnelle qu’a adoptée le metteur en scène pour créer de façon convaincante l’atmosphère générale qui reste l’atout majeur de son " Armée du salut" .

Francis Dubois

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