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Rites et traditions

« L’art de manger » Jusqu’au 12 juillet au Musée Dapper

Se nourrir ne permet pas seulement de vivre, c’est un acte social qui inscrit l’individu dans sa culture. L’art de manger est au cœur de systèmes symboliques qui codifient les notions de partage, d’hospitalité et d’offrandes pour contrer les mauvaises intentions des êtres de l’autre monde ou pour les honorer. Les manières de table sont aussi un reflet de l’organisation sociale avec le plus souvent la distribution des meilleurs morceaux aux hommes en commençant par les plus âgés.
Musée Dapper : L'art de manger
Le Musée Dapper a rassemblé cent quarante objets venus de collections publiques et privées qui ont trait à la conservation, au partage, au don et à l’offrande des aliments dans les sociétés d’Afrique, d’Insulinde et d’Océanie. En bois ou en terre, plats, jarres, mortiers, pilons, calebasses décorées de cauris et de perles de verre, cuillers, souvent magnifiquement ouvragés, ne témoignent pas seulement des habitudes alimentaires des régions dont ils proviennent - par exemple les pilons qu’exige la consommation du taro ou les assommoirs à porc utilisés en Mélanésie – mais aussi de la richesse et de la générosité de leurs propriétaires. Les règles de l’hospitalité s’accompagnant de la consommation de produits spécifiques comme le vin de palme, le bétel ou le kava, de beaux récipients sont nés des mains des artisans locaux. Utilisés lors des réceptions qui accompagnent mariages, naissances et deuils ou pour assurer le lien avec l’au-delà, ils sont là pour sublimer le fait d’ingérer des nourritures liquides ou solides. L’exposition fait aussi une place à quelques objets liés aux rituels d’anthropophagie, dont le caractère ritualisé et symbolique est bien mis en évidence. Les objets, éclairés avec finesse, sont accompagnés de cartels explicatifs de leur fonction symbolique et de petits films anthropologiques qui les mettent en situation.

Comme toujours, le Musée laisse une place à un artiste africain contemporain. Cette année c’est un Béninois vivant à Paris, qui est à l’honneur, Julien Vignikin. Les œuvres présentées ici opposent la malbouffe occidentale à la sous-alimentation. Indigestion montre des assiettes en carton maculées de traces et d’amas dégoulinants collées sur une toile, tandis qu’une installation intitulée Le dîner des fantômes présente une chaise et une table dressée, hérissées de clous.

Un catalogue richement illustré apporte de précieuses indications à qui souhaite en savoir plus sur la diversité des savoir-faire (mode de production des aliments, façons de cuisiner) et des habitudes alimentaires, toujours empreintes de codes et rituels spécifiques. Outre les textes d’anthropologues et d’historiens de l’art, on y trouve un texte de Marcel Mazoyer sur l’impact de la colonisation et de la mondialisation sur les agriculteurs africains et un autre de l’écrivaine guadeloupéenne, Gerty Dambury qui évoque avec poésie la cuisine antillaise de son amie Cléa.

Tout au long de l’année des conférences, des rencontres, des films et du théâtre, parfois destinés aux enfants, accompagnent l’exposition. Le Musée peut organiser des visites pour les classes sur réservation.

Micheline Rousselet

Musée Dapper

35 bis rue Paul Valéry, 75116 Paris

De 11h à 19h, fermé le mardi et le jeudi. Réservations : 01 45 00 91 75

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