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Un film de Gaston Duprat et Mariano Cohn (Argentine)

"L’artiste" Sortie en salles le 10 août 2011

Jorge Ramirez est un homme secret, solitaire et impénétrable. Il travaille dans un service de gériatrie et s’occupe plus particulièrement de Romano, un vieil homme souffrant d’une forme d’autisme.

Romano, passe le plus clair de son temps à réaliser des dessins dont l’originalité attire l’attention d’un directeur artistique.
Jorge, sans penser aux conséquences de la supercherie, laisse entendre que les dessins sont sa propre création.
Les dessins de Romano que s’approprie Jorge Ramirez, dont le graphisme convient à l’air du temps, remportent un succès local avant de connaître la célébrité et de devenir une oeuvre incontournable que s’arrachent les plus grandes galeries d’art.
La personnalité secrète de Jorge Ramirez fait très vite de lui un artiste secret peu enclin aux mondanités, aux interviews et insensible aux effets de la célébrité.
Pivot narratif du film, le personnage de Jorge fournit toute son ambiguïté au récit. On sait avec lui que la production artistique de Romano se tarira un jour.
On sait avec lui que la supercherie sera découverte mais on sait également avec lui que ce ne sera qu’une étape dans sa vie.
Ne tirant aucune gloire de la célébrité qui lui incombe, il en fait une élément sinon étranger du moins parallèle à son existence.
Les sentiments sont absents, ainsi ceux qui pourraient lier Jorge à Romano et c’est peut-être bien cette sécheresse d’émotion, le degré élevé d’indifférence entre les protagonistes qui coupent cours à l’intrigue et à toute surcharge anecdotique.
La sobriété du récit permet d’aller avec une économie de sentiments, droit à l’essentiel.
Gaston Duprat et Mariano Cohn à qui l’on doit l’excellent "L’homme d’à côté" n’ont pas voulu porter un regard cynique sur l’art contemporain. Il n’ont à aucun moment forcé le trait quant au monde qui gravite autour de l’art. Le déroulement des vernissages, les habitudes et les mondanités qui appartiennent à ces manifestations souvent débordantes, restent ici dans une tonalité neutre.
Ils sont parvenus à faire cohabiter sans dommages deux univers étrangers. Celui de l’art dans ce qu’il peut avoir d’excessif, avec le monde de la gériatrie, univers clos et végétatif.
"L’artiste" a été tourné un an avant "L’homme d’à côté" qui est sans conteste bien plus abouti mais si c’est une oeuvre presque discrète, elle vaut par son tracé épuré et par sa construction extrêmement maîtrisée.
Francis Dubois

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