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Un film de Andrei Ujică (Roumanie)

"L’autobiographie de Nicolae Ceausescu" Sortie en salles le 13 avril

Dans une classe d’école, filmé par une caméra tremblante, Nicolae Ceausescu dénonce la mascarade de procès auquel il est soumis et refuse de répondre aux juges qui l’interrogent. Andrei Ujică nous propose de fouiller dans la malle aux souvenirs du dictateur.
Des funérailles de Gheorghe Gheorghiu-Dej, en mars 1965, qui verront son accession au pouvoir, à la fuite pathétique et un peu ridicule du couple en décembre 1989, c’est de l’ascension à la chute pitoyable du dictateur que nous invite le récit.
Extraites de plus de 1000 heures d’images filmées, le réalisateur propose un montage chronologique de trois heures.
Ceausescu qui apparaît comme un homme débonnaire, va, après avoir condamné l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques, voir son aura grandir dans la communauté occidentale. De Gaulle est reçu en Roumanie et les Ceausescu iront rendre visite à la reine d’Angleterre. Mais à partir de la visite en Corée du Nord et en Chine, il commence à s’inspirer de la dictature de Kim Il Sung.

Le film montre la réception surréaliste au stade de Pyongyang et sa pâle imitation en Roumanie, mais aussi la destruction systématique du patrimoine historique et culturel.
Aux scènes de liesse du début du règne, succèdent des parades devant des foules fatiguées que le couple regarde à peine, de plus en plus replié sur lui-même.
En 1979, lors du XIIème congrès du parti, Constantin Pîrvulescu dénonce à la tribune, la mainmise de Ceausescu sur l’appareil d’état. Si la caméra laisse entendre son propos, ponctué d’acclamations en faveur du dictateur, c’est sur les époux que la caméra s’attarde.
C’est aussi eux que la caméra privilégie lorsqu’ils visitent le chantier du palais du peuple construit sur l’emplacement d’un quartier du vieux Bucarest. Les Ceausescu ne comprendront jamais pourquoi la manifestation du 21 décembre 1989, diffusée en direct à la télévision, s’est muée en une démonstration massive contre le régime, obligeant le dictateur à quitter le balcon du comité central, à fuir le lendemain, et à se retrouver comme un animal traqué, dans cette salle de classe qui scellera son destin.
Constitué de documents d’archives, livrés sans commentaires, ce film de trois heures se laisse voir avec un intérêt constant.
Francis Dubois

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