Actualité théâtrale

Jusqu’au 11 février au Théâtre 13/Seine

« L’autobus »

Ils sont neuf voyageurs dans un autobus dont le conducteur invisible semble avoir pris son indépendance, ne respectant ni les horaires ni le code de la route ni même le trajet, un voyage infernal sur une route imprévue, sinueuse, bordée de précipices.

C’est une satire féroce et drôle du régime communiste des années 1960-1970 que nous propose l’auteur bulgare Stanislav Stratiev, dans cette pièce écrite en 1980. À la différence d’autres pays socialistes il n’y a eu dans cette période ni dissidence organisée ni révolte populaire en Bulgarie. Dans la pièce, les passagers se soumettent aux décisions du chauffeur et s’en remettent aux explications changeantes du « raisonnable », qui refuse de voir que le bus fonce sur un itinéraire aussi improbable que périlleux et propose avec constance de « réfléchir » ou insiste pour que d’aucuns fassent quelque chose ! Mais on peut aussi y voir un miroir de certains aspects de notre société. Face à l’incohérence du pouvoir, chacun est tétanisé à l’idée de perdre ses acquis, chacun attend que l’autre s’expose, l’individualisme et l’indifférence règnent. Au lieu de coopérer les passagers acceptent lâchement de foncer vers l’abîme jusqu’au moment où paniqués, ils vont choisir un bouc émissaire.

Théâtre : L'autobus

Sur scène un autobus plutôt déglingué où prennent place peu à peu les neuf passagers, un musicien gonflé de vanité, un couple qui se prétend divorcé pour conserver ses deux appartements, deux jeunes amoureux, un paysan qui pour rentrer dans son village passe d’omnibus en omnibus, lesquels semblent tous avoir perdu toute boussole, un « homme déraisonnable », très porté sur la bouteille et un « homme raisonnable » qui ressemble à un notable de l’époque communiste. C’est par leurs mouvements et le hurlement des freins et des pneus qui dérapent que le spectateur éprouve les virages imprévus, les arrêts brutaux et les pertes de contrôle du conducteur. Si le travail sur les corps s’approche de celui des clowns, Laurence Renn Penel, la metteure en scène réussit à rester sur le fil qui évite de tomber dans un univers clownesque. On est dans un burlesque qui entre en collision avec la cruauté croissante des situations. Elle dirige avec beaucoup de précision le travail choral des acteurs pour réussir ce décalage entre une situation pleine de dangers et le ridicule de l’attachement de chacun des passagers à son confort et à son intérêt. Dans cet univers cruel seule la jeune amoureuse échappe à la lâcheté de tous. Le travail choral des acteurs est particulièrement réussi et assure une soirée où le rire noir parvient à nous arrêter dans cette course à l’abîme.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre 13 / Seine

30 rue du Chevaleret, 75013 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22

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