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Un film de Safy Nebbou (France)

"L’autre Dumas" Sortie en salles le 10 février

Auguste Maquet a été, des années durant, le nègre littéraire d’Alexandre Dumas. De 1844 à 1851, leur collaboration a donné lieu à la parution de dix sept romans parmi les plus célèbres attribués au seul Dumas : Les trois mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo, La Reine Margot ou Le Vicomte de Bragelonne pour ne citer que ceux-là.
Le couple infernal et fusionnel a connu une période professionnelle idyllique au terme de laquelle, le nègre a fait ses comptes. S’en sont suivis des procès qui, s’ils ont reconnu la participation de Maquet aux œuvres de Dumas, l’ont laissé dans l’ombre du paysage littéraire.
S’inspirant de cette association exemplaire Cyril Gély et Eric Roquette avaient écrit une pièce de théâtre cruelle et drôle qui se joua sous le titre de "Signé Dumas" et qui connut, il y a quelques saisons, un beau succès en salle.
Le thème en était la substitution d’identité. Maquet, pris dans le courant d’un concours de circonstances, y était confondu avec Alexandre Dumas par une jeune admiratrice. Il finissait par se laisser prendre au jeu et à trouver à la célébrité et à la reconnaissance publique, une enivrante satisfaction.
"L’autre Dumas", le film signé par Safy Nebbou qui réalisa "Le cou de la girafe" et "L’empreinte de l’ange", et qui reprend ce sujet dans une adaptation de Gilles Taurand, est une spectaculaire mais plutôt talentueuse réalisation.
Comment fait-on pour vivre sereinement dans l’ombre d’un grand homme qui savoure seul les honneurs de la célébrité ? Comment rester à l’état de gratte-papier laborieux et talentueux ? Comment trouver sa place dans l’ombre d’un homme célèbre ? L’admiration que porte Maquet à Dumas est sans bornes. Elle trouve ses limites au moment où menace un mimétisme qui s’assortit pour lui du risque de la perte de soi, de sa propre identité, de sa propre personnalité. Doucement la dérive s’annonce et le complicité amicale qui unissait les deux hommes laissera place à de la jalousie et à de la haine.

Ce film savoureux, souvent drôle est porté par une distribution de haute volée à la tête de laquelle on pourrait laisser de côté un Gérard Depardieu plutôt inspiré, grandiose sans être débordant pour lui préférer Benoît Poelvoorde qui joue la modestie avec grand talent et qui n’est jamais meilleur que dans le contre emploi. L’égalent dans la finesse et l’intelligence avec laquelle elles abordent leur personnage Dominique Blanc, magistrale Céleste, et Catherine Mouchet, actrice rare à tous les sens du mot et qui compose une exquise Caroline Maquet toute en nuances et revirements.
Si "L’autre Dumas" fonctionne beaucoup sur la truculence du personnage de Dumas et sur quelques effets de narration un peu appuyés, il doit aussi beaucoup au soin apporté à une reconstitution soignée flamboyante et décalée qui échappe aux codes du film en costumes classique et à l’académisme qui s’ensuit généralement. Les anachronismes sont légers et demeurent de bon ton.
Francis Dubois

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