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Un film de George Ovashvili (Géorgie-France)

"L’autre rive" Sortie en salles en mai 2010

Chassés par la guerre qui a ravagé leur province natale, l’Abkhazie, à la suite de l’effondrement soviétique Tedo, douze ans et sa jeune mère ont trouvé refuge dans une baraque vétuste près de Tbilissi. Elle vit de ses rencontres avec des hommes et lui travaille comme apprenti dans un garage. Mais ce n’est pas la seule activité de Tedo. Il traîne aussi avec d’autres gamins qui subsistent grâce à de petites combines, vols et escroqueries.
Tedo voudrait gagner assez d’argent pour que sa mère ne sombre pas définitivement dans la prostitution. Mais les maigres sommes qu’il rapporte ne suffisent pas et le jeune garçon décide de passer sur "l’autre rive" en Abkhazie et de rejoindre son père dont il est persuadé qu’il a survécu et avec qui il imagine qu’il pourra commencer une nouvelle vie.

"L’autre rive" est un conte cruel mais conduit avec la simplicité et la limpidité qui conviennent à un récit d’initiation. Il est porté par la présence, plutôt que l’interprétation, d’un jeune garçon formidable. Atteint d’un strabisme très prononcé, son regard d’animal traqué ou de profonde volonté est d’une force confondante.
Tedo, déterminé à retrouver son père, n’est sans doute pas tout à fait conscient de ce que représente son projet et s’il pressent les difficultés qui jalonneront sa route jusqu’ en Abkhazie, il compte sur sa débrouillardise et il sait que lorsqu’il touchera au danger extrême ou à l’insupportable, il pourra toujours fermer très fort ses paupières, sa façon à lui de se retirer du monde quand sa vision lui devient intolérable.
Le film se découpe dès lors en épisodes correspondant chacun à une rencontre avec ceux qui l’aideront à parcourir un bout de chemin, ceux qui le conforteront dans l’idée de la cruauté du monde, ceux qui lui donneront un peu d’amitié ou encore ceux qui seront les victimes de la haine des hommes. Mais quelles que soient les circonstances, le degré des difficultés, Tedo ne se départira jamais de sa forte détermination et on garde longtemps au regard le visage ou la silhouette du garçon, sa démarche volontaire de petit homme mûri avant l’heure et pourtant encore porteur d’une innocence dont il sait peut-être qu’elle sera aussi sa force tout au long de ce périple.
Le bout de chemin n’apporte pas de solution et il faudra, pour Tedo, revoir ses espérances à la baisse, emprunter une voie qui annonce d’autres souffrances, d’autres épreuves mais dans la quelle il se lance avec l’énergie du désespoir, celle qui depuis le tout début de sa vie l’a toujours guidé.
George Ovashvili, dont "L’autre rive" est le premier long métrage, propose une réflexion poignante et terriblement actuelle sur la banalisation de la violence et sur l’enracinement de la haine, sur le dépassement de toutes les limites et dans le dernier regard que Tedo adresse au spectateur il y a la certitude que l’humanité n’est pas au bout de ses peines.
Un magnifique film, primé dans de nombreux festivals qui permet d’approcher à travers le regard d’un enfant, une réalité sur laquelle, à la manière de Tedo, bien trop souvent, nous fermons très fort les yeux.
Francis Dubois

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