Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

un film de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic - sortie en salles le 4 février

"L’autre" d’après le roman d’Annie Ernaux "L’occupation"

Anne-Marie a quarante sept ans. Après plusieurs années d’une relation harmonieuse, elle se sépare d’Alex, un garçon plus jeune qu’elle. La rupture est douce puisqu’il continuent à se voir et que leur relation amoureuse se change en chaleureuse et complice amitié. Anne-Marie a toujours su qu’Alex rencontrerait une femme après elle. Mais lorsqu’il le lui annonce et qu’elle apprend que "l’autre" a exactement son âge, elle est saisie d’une jalousie furieuse qui, petit à petit devient maladive. Et tout à coup, la vie d’Anne-Marie bascule dans un monde inquiétant où se multiplient les signes et les menaces…

Les deux cinéastes à qui l’on devait précédemment "Ceci est une pipe" réalisé en 2000 pour la télévision et "Dancing" en 2003, leur premier long métrage pour le cinéma, se sont emparés du sujet tiré d’un livre d’Annie Ernaux avec une délicatesse feutrée et, à mi-chemin entre la pudeur et le sentiment à vif, une ligne rare qui associe le quotidien ordinaire et les petites dérives préoccupantes qui peuvent l’habiter du moment que le monde, autour, s’est déréglé.
Dominique Blanc qui a obtenu pour ce film, le prix d’interprétation au dernier festival de Venise est parfaite pour exprimer tous les méandres de l’âme humaine quand elle est atteinte par l’un ou l’autre de ces sentiments extrêmes.
Jusqu’ici, le film devrait faire l’unanimité mais là où, sans doute, les avis risquent de diverger c’est sur le choix de mise en scène pour laquelle ont opté les deux réalisateurs.
Chaque plan du film est parfaitement composé, tiré au cordeau. Les lumières sont belles quand elles éclairent dans les tonalités sombres, les rues de banlieue bordées de palissades, les intérieurs ordinaires passés aux couleurs du désespoir, de la solitude et des sentiments moroses, ces escaliers mécaniques qui débouchent sur des espaces anonymes.
On peut être d’accord avec cette perfection technique et esthétique, presque chirurgicale quand le film illustre l’autopsie d’un sentiment dévorant. On peut tout autant reprocher à la mise en scène d’être trop glacée pour illustrer un sentiment passionné qui ronge de l’intérieur. Mais alors, un univers froid, des lieux anonymes, des lumières sombres ne laissent-ils pas au contraire le champ libre à la comédienne pour exprimer, par le contraste, le sentiment ?
"L’autre" est de toutes les façons un beau film maîtrisé, abouti, doux et rugueux, tendre et dévorant, un objet délicat et efficace. Il rassemble dans un cas comme dans l’autre, de bonnes raisons d’aller le voir vite.
Francis Dubois

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