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Un film d’Émilie Cherpitel (France)

"L’échappée belle" Sortie en salles le 17 juin 2015.

Un matin, alors qu’elle consomme à la terrasse d’un bistrot, Eva voit s’installer à sa table un gamin de onze ans qui lui demande de lui offrir un chocolat chaud.

Léon vient de s’échapper d’un foyer où il a été placé, faute de prise en charge de ses parents.

Il voudrait bien rencontrer sa mère. Il connaît l’adresse. Eva va accueillir chez elle cet oiseau tombé du nid qui n’a pas froid aux yeux.

Cinéma : l’échappée belle

Les premières images du film sont des plans fixes de l’appartement d’Eva.

On apprend par eux que la jeune femme est quelqu’un qui aime les belles choses et qu’elle a les moyens de se les offrir.

Son quotidien s’inscrit dans un univers singulier et elle vit dans une légèreté et une insouciance qui

masquent des blessures profondes.

Eva est une femme libre. Ses rapports aux autres semblent sans calculs mais elle souffre de voir son père se terrer dans un confort bourgeois au point de ne jamais éprouver le besoin de sortir de chez lui.

La mère d’Eva l’a définitivement rejetée et Lucie, se sœur, comme si c’était une revanche, est à la tête d’une famille nombreuse qui la dépasse.

On ne sait pas trop par quel cheminement la fantaisie d’Eva va rejoindre la nature enjouée, innocente mais déterminée de Léon.

Qu’est-ce qui pouvait amener une femme de trente-cinq sans prédisposition pour la maternité à se rapprocher d’un gamin de onze ans.

Peut-être Eva et Léon ont-ils plus de points communs qu’il n’y paraît et sans doute, pour se rapprocher l’un de l’autre et se "choisir", cette même faille creusée par l’abandon et cette question de savoir ce qu’il advient de l’amour quand on quitte quelqu’un, quand on cesse de le reconnaître ou quand on l’abandonne.

On ne pourra bientôt (et peut-être dès maintenant après la sortie de " L’échappée belle ") plus dire que le cinéma français tourne en rond avec des sujets nombrilistes.

On pourrait qualifier le premier film d’Émilie Cherpitel de fantaisie mélancolique et c’est la parfaite réussite de ce dosage, entre comédie et gravité qui lui apporte ce charme léger et cette gravité qui ne faiblissent jamais, deux éléments qui ne prennent jamais le pas l’un sur l’autre.

Tout, dans ce film est source de ravissement : le scénario, les dialogues, la construction, l’interprétation délicieuse savoureuse, les costumes, les décors, la musique, la fantaisie, la légèreté.

La force de " L’échappée belle " est de tenir autant du conte de fée que du problème social.

L’élégance et le talent de Clothilde Hesme y sont pour beaucoup. Il y a dans le jeu de cette comédienne exquise autant de souffrance exprimée que de fantaisie.

Le jeune Florian Lemaire lui donne la réplique avec une belle spontanéité.

On pourrait citer tous les comédiens dont le nom figure au générique : Yannick Choirat mais tout autant Peter Coyote dans le rôle du père cloîtré d’Eva et Clotilde Courau qui joue la maternité débordée par sa progéniture.

Chacun est exactement à sa place et parfait, et chacun contribue à faire de ce premier film, une totale réussite.

Francis Dubois

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