Actualité théâtrale

au Théâtre de Belleville jusqu’au 1er juillet 2012

"L’éloge de l’oisiveté" Un spectacle de et avec Dominique Rongvaux, d’après Bertrand Russell

En 1932, Bertrand Russell, philosophe, mathématicien et prix Nobel de littérature, publie "L’éloge de l’oisiveté". Cet essai est un plaidoyer sur une plus juste redistribution des richesses liées aux progrès techniques de la révolution industrielle ; il y développe également une théorie selon laquelle, si ces richesses étaient mieux réparties, la lourdeur et la pénibilité du travail réduites, permettraient à chacun de consacrer plus de temps à des activités dignes et constructives. La tension liée aux contraintes du travail atténuée, le monde laborieux connaîtrait des rapports plus harmonieux entre les individus et une sérénité beaucoup plus productive.

© Anik Rubinfager

Le spectacle qu’a conçu Dominique Rongvaux puise dans cet ouvrage ce qui a trait à la place du travail dans nos existences, à la valeur de l’argent, à notre rapport au temps et à l’urgence.
Il lui donne une tonalité ludique, espiègle, parfois malicieuse en associant à la réflexion de Bertrand Russell, une fable de La Fontaine, des extraits de l’œuvre de Denis Grozdanovitch, l’auteur du "Petit Traité de désinvolture" et de "L’Art difficile de presque rien faire" et il y ajoute même, le texte de la chanson que Brassens avait écrite pour Henri Colpi à l’occasion de son film "Heureux qui comme Ulysse".
"L’éloge de l’oisiveté",
comme un questionnement partagé avec le public, n’impose pas plus une démonstration qu’il n’assène des vérités.
Tout au plus il donne des pistes de réflexion sur les possibilités qui nous sont offertes en dehors des discours majoritaires qui pourraient vanter l’acquisition d’une montre Rolex à cinquante ans pour prouver sa réussite, plus de travail pour gagner plus et l’accès à la lecture de "La Princesse de Clèves" uniquement réservée à ceux qui pensent trop ou n’ont d’autres moyens de s’exprimer que celui d’agiter les drapeaux rouges de la révolution stérile.
Dominique Rongvaux distille son propos avec finesse et intelligence. Cet artiste sait établir avec le public une complicité décontractée, jamais racoleuse et avec son savoir-faire, les pensées les plus poussées jaillissent avec une légèreté bienvenue et une belle élégance.
Ce spectacle devrait être l’occasion de faire un détour par le Théâtre de Belleville, un de ces petits lieux qui se cachent dans une cour et où le public, en attendant de rejoindre la salle, prend un bain de convivialité.
Francis Dubois

Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple
75 011 Paris

Réservations = se réclamer du Snes et de cet article, demande de partenariat Réduc’snes en cours 01 48 06 72 34
www.theatredebelleville.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Un amour sans résistance »
    Autour de la guerre il y a surtout des romans ou des pièces qui exaltent la résistance ou la lâcheté des vaincus. Le roman de Gilles Rozier aborde la question sous un angle différent et beaucoup plus... Lire la suite (22 octobre)
  • « Dans les forêts de Sibérie »
    Après avoir voyagé à vélo autour du monde, puis marché à travers l’Himalaya, chevauché dans les steppes d’Asie Centrale, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson s’est décidé à choisir l’immobilité en... Lire la suite (16 octobre)
  • « Jungle book »
    Tout enfant s’est un jour entendu raconter l’histoire de Mowgli, ce petit d’homme adopté par un couple de loups, dont Rudyard Kipling a fait une ode à la tolérance. Dans la jungle Akela, le père loup,... Lire la suite (15 octobre)
  • « Sabordage »
    O Après Blockbuster, où elle dénonçait les effets de la cupidité globalisée, portée par un système ultralibéral faisant passer le profit avant toute autre considération, l’inventive troupe liégeoise Le... Lire la suite (13 octobre)
  • Des reprises à signaler
    Voici 3 spectacles que nous avons chroniqués et qui sont repris cette automne. Pour ceux qui les auraient loupés ou qui voudraient les revoir ! « Jeanne Plante est chafouin » les lundis à 20h30... Lire la suite (12 octobre)