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Un film de Michel Gondry (France)

"L’épine dans le cœur" Sortie en salles le 21 avril 2010

De 1952 à 1986, Suzette a été institutrice dans des écoles de villages des Cévennes. Elle aura marqué, grâce à une pédagogie instinctive, inventive et novatrice, des générations d’enfants.
Elle a accepté, alors qu’elle a depuis quelques années, cessé ses activités, de raconter, devant la caméra de son neveu Michel Gondry, ses aventures quotidiennes professionnelles, de revenir, le temps d’un tournage, sur sa vie de femme et de mère.
Suzette est ce qu’il est commun d’appeler une nature. Toujours élégante sous sa chevelure blanche, elle se montre volontiers rieuse, boute-en-train et tendre. Elle laisse percer l’émotion quand elle se retrouve, des décennies après, devant le portail fermé de l’école où elle a enseigné à ses débuts.
Michel Gondry entraîne Suzette sur les chemins de la nostalgie, dans un foisonnement de souvenirs, dans des rencontres émouvantes avec d’anciennes élèves, des lieux d’autrefois. Il la met face à l’étrange personnage qu’est son fils unique avec lequel elle semble avoir mis une distance définitive et qui lui fait dire, sans qu’on ne sache trop pourquoi, dans un moment d’émotion "Il aura été pour moi, une épine dans le cœur".
Ce personnage marginal qui eut tant de mal autrefois avec l’orthographe et les accords du participe passé a-t-il déçu celle qui trouva dans l’exercice de ses fonctions, auprès des enfants des autres, tant de satisfaction.
Personnage sans doute beaucoup plus retenu qu’il n’y paraît au premier abord, Suzette sait taire l’essentiel, cacher sous une trompeuse expansivité ce qu’elle tient pour n’appartenir qu’à elle-seule. Et c’est dans une entorse à son naturel pudique, dans les zones d’ombre d’une vie qu’on croirait transparente, dans la part de secret qui subsiste, que se justifie vraiment la démarche filmique de Michel Gondry.

Son film avance à pas de loup avec prudence comme si le cinéaste pensait qu’à force de précaution, il allait éloigner la vieille dame de sa réserve pour atteindre les strates enfouies de sa vie et mettre une touche finale à ce portrait dont l’intérêt réside peut-être essentiellement dans le fait qu’il est fragmenté et incomplet.
"L’épine dans le cœur" est-il un témoignage de tendresse de Michel Gondry à sa tante ou la démarche professionnelle d’un cinéaste à l’affût d’un bon sujet ?
Francis Dubois

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