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Un documentaire de Ken Loach (Royaume-Uni)

"L’esprit de 45" Sortie en salles le 8 mai 2013

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la Grande Bretagne qui a lutté et gagné contre la montée du fascisme, veut entrer en lutte contre les fléaux des années 30 qui ont affaibli le pays, la pauvreté et le chômage.

L’unité de son peuple pendant les combats de 1939-1945 et le souvenir douloureux de l’entre-deux-guerres conduit à l’émergence d’un nouvel idéal social. La solidarité, la fraternité marquent cette époque et la mise en place à la tête du pays d’un gouvernement travailliste marque un tournant décisif dans l’histoire de la Grande-Bretagne.

L’idée conductrice était que puisque le pays avait gagné la guerre, il était capable de gagner la paix et que si les campagnes militaires avaient pu être financées, il devait être possible de créer un service public pour la santé et les transports, de construire des logements pour tous, de produire les biens nécessaires à la reconstruction du pays et de nationaliser tout ce qui avait été privatisé.

La relance industrielle, la remise sur pied de l’économie du pays amenaient à développer la notion de propriété collective et l’idée qu’une poignée de privilégiés ne devait pas pouvoir s’enrichir au détriment du peuple.

Ce principe noble émané du peuple, repris par une majorité, constituait l’esprit de 1945.

Le Docteur Julian Tudor-Hart et Dai Walters, mineur gallois aujourd’hui octogénaires, se remémorent l’esprit 45 et sa répercussion favorable sur leurs vies.

Eileen Thompson se rappelle avoir grandi dans un "Parc de pauvreté" des quartiers défavorisés de Liverpool dans les années 30. Elle évoque les files d’attente des chômeurs, la destruction dans les années 40 de son logement et de l’hôpital où elle travaillait, l’espoir où l’avait plongée l’élection du Parti travailliste.

Les dockers Tony Nelson et Ferry Teague parlent des conséquences que la période d’après-guerre ont eu sur leurs vies : sécurité de l’emploi, logement décent, gratuité des soins mais aussi cette prise de conscience d’une force collective qui allait disparaître avec les années 80.

Alan Thornett et Tony Richardson, deux ouvriers du secteur automobile à la retraite évoquent la nationalisation de leur industrie et reviennent sur la vague de nationalisations d’après-guerre. Ils tentent de comprendre à partir de quand et pour quelles raisons, les choses ont commencé à se détériorer.

Ray Thorne, 81 ans qui travaillait dans les chemins de fer se rappelle comment ce secteur privé, sous-investi et géré de façon hasardeuse, est devenu un service performant suite à sa prise en main par l’État en 1948.

La construction du film de Ken Loach est de la plus grande simplicité. Alternant images d’archives, enregistrements sonores et témoignages contemporains, il s’en tient à un simple constat. Les images et les documents utilisés parlent d’eux-mêmes. Point n’est besoin d’insister pour que son film soit "naturellement" socio-politique.

Un film qui, sans jamais citer la situation de crise actuelle, dénonce les dérives et les options politiques responsables.

"L’esprit de 45" devrait être montré aux jeunes en priorité comme la preuve que tous les maux dont souffre notre société ne sont pas uniquement le fruit d’une fatalité.

Francis Dubois

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