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Un film de Alessandro Comodin (Italie – France – Belgique)

"L’été de Giacomo" Sortie en salles le 4 juillet 2012

Giacomo n’est pas seulement atteint de surdité. Une maladie, sans doute une méningite à l’origine de son handicap, a laissé chez lui d’autres séquelles : une élocution malaisée et de légers troubles moteurs.

C’est en grand ado rieur et heureux de vivre qu’il part en compagnie de Stéfania, sa meilleure amie, jusqu’au bord du fleuve où, dans un décor paradisiaque inattendu, ils vont découvrir l’un et l’autre, sans y céder, leurs premiers émois amoureux maladroits.

"L’été de Giacomo" qui renvoie à l’Eden et à Adam et Eve, est peut-être une sorte de déclinaison contemporaine de " Les métamorphoses d’Ovide" .

Lorsqu’Alessandro Comodin révèle que le projet de son film tenait en une page, on le croit aisément car ce récit minimaliste, singulier et envoûtant, tient en peu de choses. Laissant le champ libre à ses deux personnages, il commence par une longue séquence de marche à travers une végétation épaisse sur d’étroits chemins, se poursuit avec l’arrivée au bord du fleuve et se prolonge avec les jeux enfantins auxquels se livrent en toute innocence les deux adolescents livrés à eux-mêmes.

La couleur émeraude d’une eau pure fait penser à un îlot vierge et met le récit sur la voie d’un léger décalage dont il ne départira pas.

Les signes d’une complicité ancienne basée sur le rituel de jeux puérils ne se démentent à aucun moment et constituent l’essentiel du film : projections d’eau mais également de cette boue vaseuse qui trouble à chaque fois l’apparente limpidité du fleuve.

Les corps des deux adolescents s’en trouvent maculés et à chacun des affrontements physiques qui les oppose, toujours dans un esprit de jeux d’enfants rieurs, le récit (ou l’improvisation qui en tient lieu) prend le risque de les voir s’étreindre pour céder à l’attirance sexuelle qui les guette.

Stéfania semble conduire le jeu et maîtriser la situation. Elle semble, à chaque fois que le jeu est sur le point de basculer, savoir poser les jalons de la limite.

Les jeux se répètent inlassablement ponctués de rires qui finissent par produire un léger inconfort.

Or, ce qui ajoute au mystère du film, c’est que, s’il apparaît comme une fiction, il est en réalité, un documentaire. Car Giacomo et Stéfania existent sous ces prénoms, se connaissent depuis qu’ils sont petits et il a toujours existé entre eux beaucoup de complicité, une certaine attirance plus évidente chez Giacomo, mais assez réciproque.

Et le film est construit de telle sorte qu’on se demande sans cesse si la caméra dirige les protagonistes ou si ce sont les personnages qu’ils deviennent qui ont dirigé la caméra et imposé la construction du récit.

Ce que l’on peut ressentir comme des défauts de narration, ainsi ces interminables projections d’eau et de boue, finissent par donner au film une vraie tonalité d’autant plus que "l’histoire" prend une tournure inattendue et risquée avec l’apparition de Barbara qui, comme par un tour de magie, prend sans crier gare, la place de Stéfania.

Un objet filmique non identifié mais non sans charme et qui pourrait bien être, au bout du compte, à sa manière, une réussite.

Francis Dubois

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