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Un film de Manoel de Oliveira (Portugal-France-Espagne-Brésil)

"L’étrange affaire Angélica" Sortie en salles le 16 mars 2011

Isaac est photographe. Il vit à Régua et loge à la pension de Dona Rosa. Une nuit, il est appelé d’urgence par une riche famille qui lui demande de réaliser le dernier portrait de leur fille Angélica morte en pleine jeunesse, juste après son mariage.
Angélica sur son lit de morte est d’une irréelle beauté et au moment où il va appuyer sur le déclic de son appareil photo, la jeune femme souriante, semble reprendre vie pour lui seul.
Dès lors, Isaac, amoureux d’Angélica va être hanté nuit et jour, par les apparitions de la jeune femme. Pour trouver un peu d’apaisement à ses tourments, Isaac ira photographier un groupe d’ouvriers agricoles au moment où, munis d’outils archaïques, ils bêchent un arpent pentu planté de vignes…

Le cinéma de Manoel de Oliveira est à la fois d’une grande rigueur et d’une grande liberté et on peut, en suivant le récit de "L’étrange affaire Angélica" donner priorité indifféremment à l’un ou à l’autre des thèmes qu’il y aborde. Les divagations amoureuses d’un jeune homme qui se laisse aller à des rêveries, donne libre cours à son imagination et se laisse se perdre dans des fantasmes. Le regard posé sur le microcosme constitué par les pensionnaires de la pension de Dona Rosa, des personnages contrastés qui ont en commun de trouver intrigant, le comportement d’Isaac, loin d’imaginer que le mutisme du jeune homme est lié aux photographies épinglées sur un fil, dans sa chambre.Le rapport d’Isaac à la nature, aux oliviers dans un premier temps, aux travaux des champs ensuite et aux méthodes de culture archaïques de la vigne.
La première mouture du scénario de "L’étrange affaire Angelica" date de 1952. Situé après la seconde guerre mondiale, il faisait référence, à cette époque, à la mort de six mille juifs et à l’émigration des survivants vers l’Espagne ou vers le Portugal avant de tenter de mettre le cap vers les Etats-Unis. Le personnage d’Isaac était un juif qui avait fui les persécutions nazies et était allé s’installer comme photographe au Portugal..
Dans la version du nouveau scénario qui a débouché sur la réalisation de "L’étrange affaire…" les persécutions sont d’une autre nature. Les problèmes auxquels est confronté le monde sont ceux que nous connaissons. C’est la crise actuelle qui fait que le projet de la construction d’un pont, pour lequel on avait fait appel à un architecte locataire de la pension de Dona Rosa, a dû être abandonné.
On ne dira jamais assez la singularité du cinéma de Manoel de Oliveira dont la carrière débuta en 1931 et qui, à plus de cent ans, réalise des films dont on ne saurait dire s’ils sont limpides, immédiatement lisibles ou s’ils fonctionnent sur le mystère et se logent dans les abysses de la création. S’il est d’une déconcertante naïveté ou de la plus grande complexité.
Passionnant.
Francis Dubois

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