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Un film de Ramon Zurcher (Allemagne)

"L’étrange petit chat" Sortie en salles le 2 avril 2014.

Simon et Karine rendent visite à leurs parents et à leur petite sœur Clara dans leur appartement de Berlin. D’autres membres de la famille se joignent à eux.

Ces retrouvailles ordinaires vont prendre, avec un regard à " la loupe" des choses tapies dans le quotidien, un caractère légèrement insolite, faire basculer les personnages du monde réel où ils évoluent à celui à peine étrange où on les voit, quand une sorte de chorégraphie mystérieuse s’empare du quotidien.

Aucun phénomène paranormal n’anime le film, pas plus que le moindre événement saillant. Le récit échappe à toute narration traditionnelle.

La simple observation des personnages dans leurs actes les plus anodins suffit à faire le portrait efficace d’une famille ordinaire.

Le récit repose sur ce dont le quotidien de chacun fourmille. Echanges de paroles sans importance, de regards, développement de gestes ne prêtant pas à conséquence, tout ce qui généralement ne se remarque ni ne s’ébruite.

La mère raconte qu’au cinéma, un homme assis sur le fauteuil voisin a maintenu pendant un moment le pied droit sur son pied, puis qu’il s’est retiré au premier bruit. Une petite fille prend son petit déjeuner en observant autour d’elle les allées et venues avec un intérêt qui laisse supposer que ce qu’elle voit a pour elle plus de relief qu’il n’y paraît.

"L’étrange petit chat" n’est pas "un récit en creux" mais une suite de plans où se capte l’indicible, où l’événement mineur, presqu’invisible, est propre à apporter autant d’indications dans le déroulement d’un récit que l’événement saillant.

Lequel des personnages aura remarqué le papillon de nuit qui a survécu à l’obscurité et finira entre les crocs du chat ou peut-être dans le verre de lait.

La présence d’animaux ponctue le film. Leur obstination à se déplacer, à s’obstiner à vouloir franchir une porte close donne au récit sa dimension de huis clos.

Qui, dans " L’étrange petit chat" est le plus étrange ? Le petit chat, certainement pas. Tel ou tel personnage, pas plus.

C’est l’atmosphère d’un minuscule quotidien, quand on en prend conscience, qu’on le capte et l’observe.

Au final, il résulte le vrai portrait d’une famille et l’étendue de la solitude de chacun.

Le film de Ramon Zurcher n’est pas à classer au rang de l’exercice de style. Il revendique son droit au récit, à la peinture précise d’une famille comme une autre et à les avoir simplement entraperçus, on en sait plus sur les membres de cette famille que s’ils s’étaient trouvés pris dans la tourmente d’une histoire traditionnelle.

Ce film complètement inclassable est un joyau.

Francis Dubois

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