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Un film de Feo Aladag (Allemagne)

"L’étrangère" Sortie le 20 avril 2011

Umay est une jeune femme d’origine allemande qui vit en Turquie. Pour protéger son fils et échapper à la violence de son mari, elle décide de quitter Istambul et trouve provisoirement refuge dans sa famille à Berlin.

Mais la décision qu’elle a prise et sa condition de femme seule avec enfant se heurtent aux convictions morales des siens qui ne l’accueillent pas comme elle l’espérait.
Etrangère en Turquie, Umay devient étrangère chez elle et ses velléités d’indépendance ne feront qu’aggraver la situation.
"L’étrangère" est le récit du combat acharné d’une jeune femme qui cherche à concilier son désir d’autonomie et le respect de son entourage et dont toutes les tentatives louables se heurtent à une incompréhension bornée.
Ni son père, pris dans l’étau de ses convictions ancestrales, ni sa mère dont les silences ne sont peut-être pas le signe d’une totale hostilité, ni ses frères acquis à l’idée de perpétuer les valeurs de la communauté ne laisseront à Umay l’espace vital et affectif qui lui permettrait d’accéder à la sérénité et d’offrir une vie de famille à son petit garçon.
Feo Aladag, alors qu’il réalisait des spots institutionnels dans le cadre d’une campagne d’Amnesty International sur la violence contre les femmes, fut frappé d’apprendre que de nombreux meurtres étaient commis en Allemagne "pour l’honneur", dont les victimes étaient essentiellement des femmes qui avaient tenté de s’affranchir du joug familial.
Il a tenté, en s’attelant au scénario de "L’Etrangère", d’infiltrer une intimité familiale et de cerner les enjeux complexes qui aboutissent à ces crimes d’honneur.
La réussite de son récit tient surtout au fait qu’il échappe à tout manichéisme. Tous les protagonistes, malgré leurs actes, inspirent plus d’empathie qu’on ne les condamne. Chacun y étant présenté comme un être lui-même pris au piège du conflit. Et les raisons de cet état de faits incombent moins aux personnes qu’à des traditions communautaires profondément enracinées.
Le film de Feo Aladag est l’illustration du drame que vivent ces femmes qui, quand elles ont été rejetées par leur propre famille, sont également mises au ban de la société selon un engrenage difficile à stopper.
Aux problèmes économiques qui suivent, succède un isolement souvent cruel. Et le film dénonce les fausses raisons qui accompagnent le déroulement de ces parcours douloureux, l’aveuglement, le manque d’objectivité, la peur de déroger à des règles absurdes qui, de plus, sont en contradiction avec l’évolution naturelle des mœurs.
L’illustration du sujet est parfois un peu appuyée mais jamais, et cela grâce à la crédibilité des personnages, au soin avec lequel ils ont été écrits et à une interprétation efficace, le film ne sombre dans l’apitoiement qui guettait. Et le traitement général, en restant digne, rend crédible et d’autant plus redoutable, un fonctionnement ancestral tenace.
Francis Dubois

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