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Un film de Darezhan Omirbayen (Kazakhstan)

"L’étudiant" Sortie en salles le 5 mars 2014.

Un étudiant en philosophie kazakh souffre de manque d’argent et de solitude. Il n’a pas de quoi payer la chambre à sa logeuse et vit essentiellement de pain qu’il achète chez un épicier voisin.

Plusieurs incidents dont il est le témoin le renforcent dans l’idée que les pauvres sont les victimes privilégiés de toutes les brimades et violences.

Ainsi, l’épicier qui refuse de vendre un produit à une vieille femme qui attend le paiement de sa retraite parce qu’il lui manque quelques centimes.

Contre la médaille de guerre de son grand père, l’étudiant se procure une arme. La vue du tiroir-caisse de l’épicier lui a donné l’idée de le cambrioler.

Mais l’histoire tourne mal et le jeune homme se rend coupable d’un double meurtre, celui du commerçant et celui d’une cliente.

Les meurtres qu’il a commis hantent l’étudiant au moment où il fait la connaissance de la fille d’un de ses vieux amis poète.

Darezhan Omirbayen a transposé l’essentiel de " Crime et châtiment" de Dostoïevski au Kazakhstan, de nos jours.

Grand admirateur du cinéma de Robert Bresson et plus particulièrement de son film " L’argent" , il a conçu "L’étudiant" avec une grande rigueur suivant la théorie d’ Otar Iosseliani qui dit que "chaque art sérieux a à voir avec les mathématiques".

Son cinéma rigoureux n’est jamais didactique. Il est tout le contraire du cinéma démonstratif et n’aime pas figurer la violence.

La scène des meurtres se limite à trois coups de feu. Celles de tabassage à l’image de visages à peine ensanglantés. Pour lui, les émotions sont abstraites et il préfère les faire ressentir par des détails bien réels.

Quand il montre l’abattage d’un âne épuisé, il fait référence à "Crime et châtiment" où il s’agissait d’un cheval, en même temps qu’un hommage à Bresson et à "Au hasard, Balthazar".

Dostoïevski écrit son roman en 1866, au moment où la Russie connaît le capitalisme. Aujourd’hui, la situation est reconduite.

"Pendant le socialisme, les magasins étaient vides mais les frigos étaient remplis alors qu’avec le retour du capitalisme, les magasins sont pleins mais les frigos sont vides" dit le réalisateur.

Le rythme du récit, le jeu du comédien principal, le choix délibéré de ne pas tirer parti des événements saillants, au lieu de ralentir le déroulement des choses, lui donnent une grande force et servent efficacement la peinture d’une société en attente.

Francis Dubois

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