Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval (France)

« L’héroïque lande » Sortie en salles le 4 avril 2018.

Hiver 2016, la jungle de Calais est une véritable ville où vivent dans des conditions très précaires douze mille personnes. Au début du printemps, la zone sud avec ses commerces, ses rues, ses habitations vétustes, est démantelée. Les habitants émigrent vers la zone Nord, reconstruisent et continuent à vivre dans la même précarité. A l’automne, le gouvernement lance la destruction définitive de la jungle.

Mais la jungle est un territoire mutant, une ville mouvante, une ville du futur car même détruite, elle renaît de ses cendres ; il ne suffit pas de détruire une ville pour que ses habitants se volatilisent et disparaissent.

Tourné avec des jeunes gens échappés du tumulte et de la cruauté des guerres, qui n’ont jamais connu (et qui ne connaîtront jamais) rien d’autre que la précarité, la violence et la présence policière et n’ont pour les tenir debout que le désir obsessionnel de traverser la frontière vers l’Angleterre,

« L’héroïque Land  » pourrait bien être un épisode ignoré de « L’Odyssée » d’Homère.

Cinéma : l'héroïque lande

Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval ont tourné les séquences de cette vaste fresque entre janvier 2016 et février 2017 dans la tourmente d’un mauvais vent qui criminalise et méprise des êtres humains dans le tumulte de l’exil.

En arpentant pendant un an cet endroit, ils ont réalisé leur propre périple, leur propre exil, même si les épreuves par lesquelles sont passés les habitants de la jungle de Calais n’a rien de comparable avec un tournage de film, tant bien même s’il se passe dans des conditions difficiles.

Ils ont réalisé un film témoignage sur ce qui se passe chaque jour, maintenant et sous nos yeux, avec des personnes qui, en dépit de tout ce qui devrait les accabler totalement, avaient avec énergie et une joie de vivre puisée dans on ne sait quelle force, réussi à faire surgir une ville de la boue.

Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval filment des personnes qu’ils rencontrent comme ils le font depuis maintenant des années. Ils filment au jour la jour, à l’instant l’instant, au hasard des rencontres, du contact qui se fait ou ne se fait pas, comme si un film en train de se faire était une manière d’être vivant, de garder la tête hors de l’eau.

Le film s’ouvre sur un trajet en voiture en direction de Calais. C’est le trajet des cinéastes, le temps d’un long travelling et d’un texte en sous-titre.

La frontière est alors visible. Puis on saute de l’autre côté des barbelés et il n’y aura dès ce moment-là plus aucun lien filmé entre la ville et le camp.

Et ce sont les récits, la parole, le contact humain qui font le lien avec la ville. Il sera souvent question de courses au supermarché LIDL qui est une sorte de lieu attractif, mais jamais la caméra des deux cinéastes n’accompagnera ces déplacements.

Le film est situé tout entier en deçà d’une frontière interdite et fantôme, à la fois géographique, policière, administrative et qui, en plus de couper le camp de la ville, semble modifier la perception du temps et de l’espace.

Le choix de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval génère un rapport complètement nouveau au documentaire, à la fiction et au temps.

Les ruelles, les paysages, les maisons vétustes, les allées et venues et les paroles deviennent un labyrinthe dont il faut trouver la sortie.

Pour la police comme pour les habitants de Calais, JUNGLE est tatoué sur les visages et dans les corps. Pas besoin de murs électrifiés, de miradors, de sentinelles et de chien policier, un visage, une silhouette suffisent à créer le camp.

Jamais plus qu’avec «  L’héroïque lande » , un film n’aura autant été un lieu.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Les Grands voisins. La cité rêvée »
    Maël est un artiste peintre sans papiers, Adrien est luthier et musicien. Eux et d’autres résidents de tous crins et venus de tous les horizons ont donné naissance à une utopie moderne en plein cœur... Lire la suite (14 mai)
  • « The room »
    Kate, elle traductrice et Matt artiste peintre, un couple de trentenaires dans l’impossibilité d’avoir un enfant, lassés d’une existence citadine s’installent dans une maison isolée qu’ils ont achetée... Lire la suite (14 mai)
  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)