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Un film de John Shank (Belgique-France)

"L’hiver dernier" Sortie le 29 février 2012

Johann a repris la ferme qu’il a héritée de son père, que celui-ci avait héritée du sien. Il a un troupeau d’une quarantaine de vaches, pratique l’élevage de veaux sous la mère. C’est un garçon encore très jeune, silencieux et solitaire, attaché aux méthodes d’élevage traditionnelles. Il y a deux femmes dans sa vie : sa sœur Marie dont on ne saura pas de quelle maladie elle est atteinte et Julie, une jeune voisine qui le rejoint chez lui, les nuits où elle ne dort pas à la belle étoile.
Les temps sont durs pour les petits exploitants mais Johann a la tête dure. Il résiste à Hellier, un hobereau, vétéran des fermiers de la région, quand il propose d’exporter vers l’Italie les jeunes veaux quelques jours après leur naissance afin d’en multiplier la production.

Sans autre charge de famille que sa sœur, Johann s’en tire tant bien que mal. Jusqu’au jour où un incendie se déclare dans sa grange, réduisant en cendres sa réserve de fourrage pour l’hiver. Les assureurs ne pouvant prendre en compte le sinistre pour défaut des contrôles obligatoires des locaux, "L’hiver dernier" sera pour Johann le dernier hiver…
John Shank est originaire du Midwest américain. Il a vécu une partie de son enfance en Belgique en milieu rural. Ses parents qui n’ont jamais été agriculteurs lui ont transmis par les livres et les peintures, leur intérêt pour la terre et l’enfant ou l’adolescent plus tard est resté très attaché à la ruralité dont il n’aura eu qu’une culture livresque et sans doute assez parcellaire.
L’Aubrac où John Shank a tourné son film lui a convenu pour ses vastes paysages qui, par moments, donnent la dimension d’un western. Il a fait de Johann une sorte de lonesome cowboy dans un récit intimiste au déroulement trop souvent statique.
John Shank a sans doute réussi le film qu’il voulait réaliser puisqu’il ne cherchait pas à en faire le portrait du monde rural.
Mais sa vision du milieu, des comportements, des rapports entre les personnages de la communauté paysanne, du rapport à la terre, manque de profondeur pour le spectateur qui s’attend avec "L’hiver dernier" à voir un film sur l’agonie du monde rural. Le récit reste insuffisant, certainement par manque de références authentiques, d’une réelle connaissance du fonctionnement d’un milieu avec lequel il est difficile de tricher, où on ne s’invite pas en visiteur.
Du coup, les faiblesses du film à ce niveau-là, entraînent dans les insuffisances qui en résultent, la crédibilité du fermier Johann, et dans la foulée, le comédien Vincent Rottiers dont l’interprétation, bien qu’impeccable, reste à la surface d’un personnage trop souvent à la marge des bases du comportement paysan.
John Shank semble avoir été ébloui par la beauté des paysages et par celle de la présence si singulière de son comédien. Il a aimé filmer la nuit, les clairs obscurs, la pluie, l’incendie, un brasier, le regard intense et bleu de Vincent Rottiers et c’est peut-être à cause de ses préférences esthétiques qu’il est souvent resté à l’écart du sujet.
La musique organique créée par le groupe belge DAAU ajoute peut-être aussi à la confusion de l’ensemble.
Francis Dubois

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