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Un film de Mariano Cohn et Gaston Duprat (Argentine)

"L’homme d’à côté" Sortie le 4 mai 2011

Leonardo est un désigner argentin de grande réputation. Signe de sa notoriété : il vit avec sa femme Ana et sa fille Lola dans la seule habitation construite par Le Corbusier en Argentine, la Maison Curutchet.
Un matin des coups résonnent tout près, comme si on creusait un trou dans un mur…
Mariano Cohn et Gaston Duprat avaient, comme projet initial, de raconter l’histoire d’un conflit entre deux parties où ni la police, ni la justice de pouvaient intervenir, dans lequel tout ne peut se régler qu’à l’amiable, d’homme à homme.
Léonardo et sa famille ignoraient, jusqu’à ce que frappent les premiers coups de massue, l’existence de leur voisin dont il sont séparés par le mur mitoyen aveugle et donnant dans la cour. Or celui-ci, pour obtenir une meilleure luminosité chez lui, a pris la décision de percer une fenêtre qui, non seulement deviendrait un vis à vis gênant pour le désigner et sa famille, mais serait une atteinte à la conception même du célèbre architecte.
Le récit évolue à la manière de la boule de neige et le problème à l’origine mineur, qui aurait dû se régler en bonne intelligence, ne cesse de s’amplifier jusqu’à devenir un casse tête, une sorte d’imbroglio kafkaien, alimenté par ce qui deviendra petit à petit, un dialogue de sourds.
Victor est-il un être bonhomme qui ne voit dans l’ouverture de la fenêtre nulle intrusion dans l’intimité de ses voisins et encore moins la dénaturation de l’œuvre du célèbre architecte dont il semble tout ignorer jusqu’à son nom.
Est-il un être pervers qui, par des manœuvres insidieuses, veut mener à bout la patience de ses voisins dont il se jouerait en introduisant par les relations familières qu’il établit avec eux, autant de naïve bonhomie, que de détermination à les excéder ?
Et c’est ainsi que les emportements de Léonardo, les réactions hostiles d’Ana font long feu et que le couple, acculé à des tergiversations douteuses, des mensonges, la lâcheté de Leonardo finira, par le seul effet de ce trou creusé dans le mur d’en face, à connaître une vraie crise conjugale.
En même temps que "L’homme d’à côté" est une vraie comédie avec les ressorts classiques du genre, il est une réflexion sur les aléas du voisinage, la façon dont un incident mineur peut enfler de lui-même et aboutir à l’état de problème insolubles aux prolongements insoupçonnables et ravageurs. Sur l’opacité des rapports qui peuvent s’établir entre les individus, les rendre inextricables et propres à introduire dans le jeu, les éléments d’une inquiétude disproportionnée, d’un malaise profond.
Tout ici échappe au stéréotype et le récit trouve sa bonne place entre comédie et drame du quotidien. Les scènes cocasses viennent se heurter à la tension engendrée par la situation et l’incertitude plonge le spectateur dans un étrange tellement familier, qu’il dérange, crée un inconfort moral qui, s’il ne va pas jusqu’à tenir en haleine, maintient sur un qui-vive permanent.
L’originalité de départ du sujet n’est jamais trahie au fil du récit et la force des réalisateurs est d’avoir tenu d’un bout à l’autre, leur film hors de toute dérive ou excès narratif, pas plus dans le sens de la comédie ni dans celui du drame.
Francis Dubois

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