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"L’homme de Londres" un film de Béla Tarr d’après le roman de Simenon (sortie nationale le 24 septembre)

Les romans de Georges Simenon racontent toujours le cheminement fatal et dramatique d’un personnage vers sa destinée. Il y a une façon plate et linéaire d’en faire une adaptation et c’est toujours le cas à la télévision, très souvent le cas au cinéma. Béla Tarr, réalisateur hongrois n’a pas suivi le roman de Simenon à la lettre. Il en a fait une œuvre personnelle, singulière et d’une époustouflante beauté.
Une des raisons du choix d’adapter ce roman de Simenon est sans doute l’affection que Béla Tarr porte de toute évidence à Maloin, le personnage central de l’histoire. Maloin est un homme à qui l’existence ne fournit plus le moindre plaisir. Il a depuis longtemps fait le tour des possibilités que lui offre sa vie. Son absence de perspective se noie dans un décor de bord de la mer où la brume constante confond depuis longtemps les contours du monde qui l’entoure.
Les événements sans importance se répètent jusqu’au jour où tout ce qui était familier devient subitement étranger, tout ce qui était calme s’agite, tout ce qu était tranquille devient menaçant. C’est qu’entre temps Maloin a été le témoin d’un assassinat.
Avec les questions morales qu’il se pose, sur le crime et le châtiment, lui vient l’interrogation sur le sens de la vie.
De la façon la plus sobre qui soit, avec des plans d’une extrême rigueur, la caméra palpe avec une même délicatesse feutrée les regards comme elle glisse sur les paysages portuaires jusqu’aux détails minutieux. A-t-on vu mieux qu’ici, un noir et blanc saisir dans le paysage brumeux, les ombres furtives dans les lumières mates du clair de lune.
Traiter un suspense en longs plans en s’attardant sur les regards, sur les visages, sur des déambulations et des frôlements était un pari risqué. Le suspense prend simplement d’autres chemins où il trouve une autre force et gagne en efficacité. Béla Tarr donne une coloration particulière au monde de Simenon et, échange de bons procédés, Simenon révèle un Béla Tarr magistral. A voir absolument.
Francis Dubois

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