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Un film de Natasha Merkulova et Aleksey Chupov (Russie-Estonie-France)

« L’homme qui a surpris tout le monde » Sortie en salles le 20 mars 2019.

Aux confins de la Taïga sibérienne, Egor assure les fonctions de garde forestier. C’est un bon père de famille, un époux aimant et un citoyen intègre respecté de tous. Alors que lui et sa femme Natalia attendent un deuxième enfant, Igor apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable.

Une vieille femme dont il croise le chemin lui raconte qu’en changeant d’apparence, la mort peut être trompée et demeurer incapable de retrouver sa cible.

Igor se transforme mais sa nouvelle apparence n’est du goût ni de ses concitoyens ni de celui de sa famille.

Va-t-il, en dépit du rejet qu’il inspire, de l’hostilité de tous, garder le cap et continuer de croire qu’on peut, en changeant d’aspect, tromper la mort et la détourner de ses cibles ?

Cinéma : L'homme qui a surpris tout le monde

Le film de Natasha Merkulova et Aleksey Chupov sous la forme d’un conte, se penche sur de nombreux sujets de société universels et en premier, l’impossibilité de tout choix individuel au sein d’une communauté fermée. La population sibérienne a été constituée d’exilés ou de criminels envoyés là pour purger leurs peines et il en a résulté la naissance d’une mentalité très spécifique où n’importe qui peut trouver place au sein de communauté à condition d’en respecter rigoureusement les règles ancestrales.

Ce cadre communautaire a permis d’aborder d’autres problématiques comme la question de l’intolérance et plus précisément de l’homophobie répandue dans les bastions conservateurs de la société russe.

Pour élaborer ce conte moderne type sur le thème ’L’homme contre la mort » , les deux réalisateurs ont puisé dans la littérature quand elle décrit l’effort humain dans son conflit avec l’issue inéluctable de nos existences pour essayer de la tromper, depuis la mythologie grecque jusqu’aux contes russes en passant par les contes européens du Moyen Age.
Contrairement aux personnages mythiques comme celui de Sisyphe confronté à Thanatos, Egor se confronte d’abord à lui-même. Son principal ennemi, la mort qui approche, ne pouvant être combattu avec un fusil ou une démonstration de puissance masculine, il s’engage dans un duel sans arme. Mais la transformation de genre, extérieure tout autant qu’intime, va-t-elle lui permettre de tromper la mort et de survivre ?

Pour interpréter Igor, il fallait un comédien qui soit à la fois convaincant en homme des bois dans la première partie et qui offre dans le deuxième partie, une image plausible de la féminité.

Le comédien de théâtre Evgely Tsyganov est parfait dans le passage de l’un à l’autre tout comme Natalya Kudryashova peut passer d’un personnage de second plan à cette force révèlée dans la fin du récit.

Le film est sorti en Russie en octobre 2018 et il est devenu l’un des films les plus discutés dans le pays soulevant de nombreuses controverses à propos de son message sur le genre et le portrait qu’il dresse de la vie en Russie.

Francis Dubois

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