Actualité théâtrale

jusqu’au 24 février

"L’hôtel du libre-échange" de Feydeau au Théâtre de La Colline – partenaire réduc’snes

Une succession d’événements imprévus et de quiproquos réunissent à l’hôtel du libre échange un expert en bruits suspects, sa femme prête à le tromper avec son meilleur ami, un avocat bègue et ses quatre filles, et le neveu de l’expert avec la bonne du meilleur ami ! Du pur Feydeau, mis en scène avec brio et un rythme effréné par Alain Françon qui s’était déjà illustré il y a quelques années avec « La dame de chez Maxim » tout aussi réjouissante.
Sacha Guitry écrivait « Faites sauter le boîtier d’une montre et penchez-vous sur ses organes … c’est une pièce de Feydeau qu’on observe de la coulisse. Remettez le boîtier et retournez la montre : c’est une pièce de Feydeau vue de la salle - les heures passent, naturelles, rapides, exquises ».
La mise en scène d’Alain Françon se met au service de Feydeau. Comme le disait Feydeau, ce n’est pas parce qu’une pièce est légère d’allures et sans prétention qu’elle est aisée à construire. Il y a des préparations, des coups de théâtre, des incidents inattendus qui doivent secouer le spectateur et un dénouement qui doit être clair, sans platitude et agréable, sans excès de niaiserie. Cette pièce nous offre un plaisant condensé de la comédie humaine, sans aucune lourdeur. Pinglet a épousé vingt ans plus tôt la belle Angélique. Vingt ans après ils n’ont plus en commun que leur nom qu’Angélique ne cesse de jeter au visage de son mari, l’appelant « Monsieur » Pinglet et ne lui demandant son avis que pour faire le contraire, « puisqu’il n’a aucun goût ». Monsieur Pinglet ne peut donc que s’intéresser à sa jolie voisine, mariée à son ami, Paillardin, lequel, toujours épuisé par son métier d’architecte, ne semble pas s’apercevoir que sa femme aspire plutôt à des rapports amoureux qu’à la réussite des travaux de son époux. A cette situation de départ il suffit d’ajouter un neveu philosophe plongé dans ses études, mais qu’une petite bonne saura éveiller à d’autres plaisirs, un avocat bègue, mais seulement quand il pleut, et ses quatre filles et surtout un hôtel « recommandé aux gens mariés … ensemble ou séparément », et l’on a une petite merveille de précision avec juste ce qu’il faut de portes et de cheminées pour se découvrir ou se masquer. Alain Françon a beaucoup travaillé sur le rythme, il n’y a aucun temps mort, et sur les voix. Les acteurs nous entraîne dans ce délire tout en conservant le degré de vraisemblance auquel tient Feydeau. On notera particulièrement Clovis Cornillac dans le rôle de Pinglet, Irina Dalle dans le rôle de Madame Paillardin et Anne Benoit dans celui de Mme Pinglet. C’est léger et pétillant comme du champagne, ce n’est jamais vulgaire ni complaisant et on rit beaucoup. Courez-y ! Micheline Rousselet

L’hôtel du libre-échange
De Georges Feydeau
Mise en scène : Alain Françon
Avec Anne Benoit, Eric Berger, Pierre Berriau, Jean-Yves Chatelais, Clovis Cornillac, Irina Dalle, Philippe Duquesne, Alexandre Flandrin, Pierre-Félix Gravière, Maud Le Grevellec, Guillaume Lévêque, Agathe L’Huillier, Pearl Manifold, Gilles Privat, Julie Timmerman et Lionel Tua.
Du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30, le mardi à 19h30 sauf en janvier et le samedi à 15h30 sauf les 9,16 et 23 février.

Théâtre de La Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52 - www.colline.fr

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