Actualité théâtrale

Au Tarmac,partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 2 mars 2013

"L’humanité tout ça tout ça" Texte de Mustapha Kharmoudi Mise en scène de Véronique Vellard

Une petite fille et sa mère, échappées de leur pays en guerre après la mort du reste de leur famille, sont sur le point de passer la frontière française, recroquevillées dans le coffre de la voiture d’un passeur.

La peur les aura tenaillées tout au long du voyage. Elles seront, un temps, récompensées des épreuves qu’elles ont traversées, au moment de retrouver l’air libre : la France est si belle !

Mais très vite, elles doivent se rendre à l’évidence : le pays d’accueil n’est pas tout à fait le Nirvana annoncé.

Le passeur demande un supplément d’argent dont la mère ne dispose pas. La petite à qui on a cassé une jambe pour qu’elle apitoie le passant est obligée de mendier et la prostitution menace de plus en plus la mère.

Le chapardage dans un grand magasin de la poupée promise à la fillette va être l’amorce d’une rapide dégradation de leur situation.

C’est ainsi que sitôt arrivées en France, la reconduction à la frontière et le retour au pays qu’elles ont fui ne font plus de doute.

La mère et la fille vont-elles être contraintes de se séparer ?

Le texte de l’auteur marocain Mustapha Kharmoudi, écrit en réaction au discours de Nicolas Sarkozy sur les Roms en 2010, rapporte les pensées et commentaires de l’enfant, la restitution des paroles de la mère et du passeur, dans un français très approximatif avec un vocabulaire restreint, une syntaxe et une grammaire transgressées.

Le français que l’enfant a appris et dont elle dispose pour exprimer ses peurs, son désarroi, ses moments d’espérance, elle semble l’avoir grappillé au hasard, retenu phonétiquement et c’est un peu comme si elle l’utilisait d’instinct à bon escient.

"Maman, elle dit faut pas tu bouges, il faut pas tu parles, il faut pas tu fais aucun bruit"…. "Tu donnes les pièces de sous ta fille elle ramasse"…

Au cours du premier quart d’heure de la pièce, on se demande comment la comédienne Caroline Stella va s’y prendre pour dire un tel texte. Comment elle va s’en tirer avec la syntaxe, venir à bout des répétitions, de redites, des hésitations, de phrases récurrentes parfois presque incompréhensibles ; venir à bout de ce charabia, et de quelle façon elle va pouvoir, elle, sur le devant de la scène, juchée sur un cube de bois blanc, le restituer à l’enfant qu’elle ne doit surtout pas interpréter, à laquelle elle ne doit surtout pas s’identifier.

Au bout d’un moment, elle parvient, en jouant sur la musicalité des phrases, en prenant le texte à bras le corps, certains excès que l’écriture de Mustapha Kharmoudi n’évite pas, à ce que l’histoire de cette mère et de cette fille trouve, à travers les révélations en pointillé, les pérégrinations du voyage, la candeur du personnage, l’ampleur et la douleur du drame qui menace.

Et d’une certaine façon, elle permet au propos de l’auteur d’atteindre son objectif.

Le décor est simple et joli. C’est un foisonnement de ballons de baudruche transparents qui se dressent dans l’espace en bouquets, groupés par deux, trois ou quatre. C’est, au sol, des chaussures de toutes sortes, élément associé à la fois au voyage, à la marche et au fait que pour mendier efficacement, comme il est bon d’exhiber une jambe cassée, il est bon de se montrer pieds-nus.

Francis Dubois

Le Tarmac Scène internationale francophone

159 avenue Gambetta 75 020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 64 80 80

www.letarmac.fr

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