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Un film de Rithy Panh (France – Cambodge)

"L’image manquante" Sortie en salles le 21 octobre 2015.

Pour Rithy Panh qui avait treize ans en 1975 au moment où les Khmers Rouges sont arrivés au pouvoir, l’image manquante est celle d’un crime de masse dont il ne reste que très peu de traces visuelles.

Pour faire revivre son enfance et sa famille détruites par le régime totalitaire qui a sévi au Cambodge pendant quatre années, il utilise quelques images d’archives souvent répétées comme celles de la circulation en chenilles des prisonniers dans les camps de travail, mais surtout pour figurer l’enfer qu’ont vécu les populations, des centaines de statuettes sculptées dans la glaise, méticuleusement peintes et dont les visages sommairement dessinés, en dépit de l’immobilité où elles se tiennent, parviennent à exprimer, dans des décors artificiels, une émotion puissante, restituer les souffrances vécues, la douleur des survivants et l’amour de ceux qui ont disparu.

Cinéma : l'image manquante

Avec ce procédé qui a dû entraîner un colossal travail de sculpture, de peinture, de fabrication des décors, Rithy Panh renouvelle totalement la forme du documentaire.

Les statuettes qui figurent les populations cambodgiennes sous le joug des Khmers Rouges auraient pu être animées. Rithy Panh les immobilise et pourtant, par quel miracle de la caméra, de la façon dont elles sont disposées, de leur distribution dans les décors, elles prennent une force de présence surprenante.

Ainsi, s’il renouvelle le documentaire, Rithy Panh renouvelle en quelque sorte le film d’animation en figeant les objets.

Il fallait beaucoup d’audace et de détermination au réalisateur pour prétendre animer de sentiments, des statuettes grossièrement sculptées (quelques plans montrent la main savante du sculpteur à l’œuvre), pour donner à leur immobilité des valeurs d’attitude, de postures.

La voix off qui accompagne l’image et de bout en bout le film, est celle de Rithy Panh. Le texte qui relate au quotidien l’enfer des années Khmers Rouges, agit sans doute pour donner une âme à ces objets inanimés, pour que dans leur immobilité, les statuettes parviennent à émouvoir.

La force du sujet est associée à la novation de la forme, la force et la poésie du texte d’accompagnement, sa précision dans la description de la cruauté, la démarche de déshumanisation, de réduction de la vie à une simple mécanique laborieuse et abrutissante.

La famine sévit, les interdictions de pêcher alors que le poisson est abondant, de posséder le moindre bien, de connaître l’heure en interdisant le port d’une montre témoignent de l’acharnement à réduire le champ de vie.

Le choix de statuettes, objets d’apparence ludique et, par-là innocentes, pour décrire des situations d’une rare cruauté, produit cet effet percutant.

Ce choix de préférer ce moyen aux codes habituels du documentaire est une démarche artistique, voire esthétique qui ne nuit jamais au propos.

Au contraire, et là encore par quel miracle, elle le renforce.

" L’image manquante " est à voir absolument pour son contenu, l’horreur des quatre années du règne des Khmers Rouges et pour sa démarche artistique.

Une franche réussite à tous points de vue.

Francis Dubois

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